Un cap inédit franchi
Les services de santé mentale destinés aux enfants et aux adolescents en Angleterre ont enregistré plus d'un million de demandes de suivi au cours de l'année 2024-2025, d'après le rapport annuel de la Children's Commissioner publié le 29 juin. Ce chiffre, qui correspond à environ un enfant sur dix, marque une hausse de près de 10 % par rapport à l'exercice précédent et un quasi-doublement par rapport à la période 2018-2019, où 564 000 jeunes avaient été référés.
L'anxiété en tête des motifs de consultation
Le document, intitulé « Children and Young People's Mental Health Services: 2024-25 », indique que l'anxiété est la raison la plus fréquemment invoquée, représentant 16 % de l'ensemble des orientations. Les sources de cette détresse sont multiples : difficultés scolaires, tensions familiales, expériences traumatiques ou encore peurs diverses.
Les suspicions de troubles du spectre autistique constituent le deuxième motif en importance, avec 96 000 cas répertoriés, soit une augmentation de près de 50 % en un an. Selon la British Medical Association, plus d'un enfant sur cent présente un trouble autistique au Royaume-Uni. Les affections neurodéveloppementales – trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), syndrome de Gilles de la Tourette, troubles obsessionnels compulsifs, crises de panique ou troubles de l'apprentissage – ont également progressé d'environ un quart.
Des disparités territoriales et ethniques marquées
La commissaire aux enfants, Dame Rachel de Souza, a qualifié les données de « frappantes ». Elle a souligné que, malgré certaines améliorations – davantage d'enfants ont reçu un soutien l'an passé –, il est difficile d'ignorer le « défi colossal » auquel sont confrontés les services, dont les capacités et les financements peinent à suivre la demande.
Le rapport met en évidence de fortes inégalités. Les enfants issus des 10 % des zones les plus défavorisées d'Angleterre représentent 15 % des orientations, contre 7,6 % pour ceux des quartiers les plus aisés. Par ailleurs, les enfants noirs et asiatiques sont sous-représentés dans les demandes de prise en charge ; lorsqu'ils sont adressés aux services, ils le sont bien plus souvent en situation de détresse sévère ou de crise. Ainsi, un quart des enfants noirs orientés l'ont été pour motif de crise, contre 16 % des enfants asiatiques et 7,4 % des enfants blancs. Ces chiffres interrogent sur un éventuel retard d'accès aux soins précoces pour certaines minorités ethniques.
Des délais d'attente préoccupants
Plus d'un tiers des enfants référés attendent toujours un traitement, et plus de 60 000 d'entre eux patientent depuis plus de deux ans – soit une augmentation par rapport aux 44 000 recensés l'année précédente. La commissaire alerte : « Plus d'un tiers des enfants attendent toujours un traitement, certains attendent depuis deux ans. Leur état risque de se dégrader très rapidement s'ils ne sont pas aidés. »
Parmi les jeunes suspectés d'autisme ou de troubles neurodéveloppementaux, moins d'un sur cinq a effectivement bénéficié d'une prise en charge en 2024-2025. Ceux qui ont été suivis ont attendu en moyenne un an avant d'obtenir un soutien.
Appels à une approche repensée
Dame Rachel de Souza a plaidé pour un changement de paradigme, avec un effort accru en faveur de services intégrés « entre la santé, l'éducation et les services sociaux, pour que les enfants reçoivent l'aide dont ils ont besoin à l'école et dans la communauté ».
L'organisation caritative YoungMinds s'est dite extrêmement préoccupée par les obstacles supplémentaires et les temps d'attente que subissent certains groupes, en particulier les enfants issus de minorités noires et racisées, ainsi que ceux orientés pour suspicion d'autisme ou de troubles neurodéveloppementaux.
Un contexte de mal-être général
Cette crise de la santé mentale intervient alors qu'un précédent rapport de la Children's Society, publié en 2024, classait le Royaume-Uni comme le pays le plus malheureux d'Europe pour les enfants. Les troubles psychologiques peuvent contribuer à l'isolement des jeunes, affecter leurs relations, leur scolarité et leurs perspectives d'avenir.