Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a dévoilé lundi devant le Parlement les grandes lignes de son « Opération Purgatoire », un plan de grande ampleur destiné à démanteler le système de pouvoir de son prédécesseur Viktor Orbán, qu'il a qualifié de « système mafieux ». Ce plan en sept points prévoit des réformes drastiques dans les domaines de la justice, des médias, de l'économie et de l'administration publique.
Un plan en sept points pour une refonte systémique
Selon les détails fournis par le chef du gouvernement, l’opération vise à restaurer l’État de droit et à lutter contre la corruption endémique qui aurait prospéré sous les 16 années de règne d’Orbán. Le premier volet concerne l’appareil judiciaire : Magyar a annoncé la création d’une commission spéciale chargée d’enquêter sur les nominations controversées de juges et de procureurs effectuées sous l’ancien régime. Les juges soupçonnés d’avoir servi les intérêts du parti Fidesz seraient suspendus et remplacés par des magistrats choisis sur des critères d’indépendance et de compétence.
Le deuxième axe porte sur les médias. Le gouvernement prévoit de dissoudre le Conseil des médias, accusé d’avoir été un outil de censure politique, et de le remplacer par une autorité indépendante. Les médias publics, qui étaient sous le contrôle du parti au pouvoir, seront soumis à une réforme profonde : leurs dirigeants seront démis et un fonds d’indemnisation sera créé pour les journalistes licenciés pour des motifs politiques. « Plus aucun média ne sera la propriété d’un parti ou d’un oligarque proche du pouvoir », a déclaré Péter Magyar. « L’information doit redevenir libre et pluraliste. »
Le troisième point concerne l’économie. Magyar a annoncé la nationalisation temporaire de plusieurs entreprises considérées comme des « vaches à lait » du système Orbán, notamment dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la construction. Ces sociétés, qui auraient bénéficié de marchés publics frauduleux et de prêts sans intérêt de la part de banques publiques, seront placées sous administration judiciaire. Leurs dirigeants seront poursuivis pour détournement de fonds et abus de biens sociaux. Par ailleurs, un audit général des comptes de l’État est lancé pour identifier les circuits de financement occulte du parti Fidesz.
Une purge administrative et politique
Le quatrième volet de ce que Magyar appelle « l’assainissement » concerne la fonction publique. Les hauts fonctionnaires nommés pendant l’ère Orbán, notamment dans les ministères et les autorités régionales, seront soumis à une évaluation de leur loyauté envers l’État de droit. Ceux qui refuseraient de coopérer ou qui seraient jugés trop proches de l’ancien régime seront révoqués. « Nous ne pouvons pas permettre que des fonctionnaires, dont la seule compétence était leur allégeance à Viktor Orbán, continuent de saboter le travail du gouvernement », a justifié le Premier ministre.
Le cinquième point prévoit une révision des lois électorales. Magyar souhaite instaurer un scrutin majoritaire à deux tours pour les élections législatives, afin de rendre le système plus compétitif et de réduire l’influence des petits partis satellites de Fidesz. Il propose également d’abaisser le seuil de représentation parlementaire de 5 % à 4 %, une mesure qui, selon ses détracteurs, profiterait surtout à son propre parti, le Tisza.
Une refonte des institutions et de la diplomatie
Le sixième volet concerne les institutions de contrôle. Le gouvernement prévoit de réformer la Cour des comptes, le Médiateur et le Conseil constitutionnel, qui étaient dominés par des fidèles d’Orbán. Ces institutions seront dotées de nouveaux pouvoirs d’enquête et leurs membres seront élus à la majorité qualifiée des deux tiers du Parlement, et non plus à la majorité simple. « Il faut que ces institutions retrouvent leur crédibilité », a insisté Péter Magyar.
Enfin, le septième point touche à la politique étrangère. Magyar a confirmé qu’il lèverait les blocages hongrois aux sanctions européennes contre la Russie et qu’il normaliserait les relations avec l’Ukraine. Il a annoncé la réouverture de l’ambassade à Kiev et le lancement d’un programme de coopération régionale avec les pays de Visegrád, dans un esprit de réconciliation et de reconstruction de la confiance au sein de l’Union européenne. « La Hongrie doit redevenir un partenaire fiable et respecté », a-t-il affirmé.
Des réactions contrastées
Ce plan, présenté sous le nom de code « Opération Purgatoire », suscite des réactions très diverses. Les partis d’opposition, notamment les libéraux et les écologistes, saluent une « avancée historique » mais mettent en garde contre des méthodes trop brutales qui pourraient créer une instabilité. Le parti Tisza, majoritaire au Parlement, soutient pleinement l’initiative, tandis que les députés de l’ancien parti Fidesz dénoncent une « chasse aux sorcières » et une « dictature déguisée en démocratie ».
Sur le plan international, la Commission européenne a exprimé un « intérêt prudent » pour le plan de réforme, tout en rappelant que la Hongrie doit respecter les principes de l’État de droit et les traités européens. Washington a salué l’engagement de Péter Magyar contre la corruption, tandis que Moscou a dénoncé une « ingérence américaine » dans les affaires internes hongroises.
Péter Magyar a annoncé que la mise en œuvre de l’Opération Purgatoire commencerait dès la semaine prochaine, avec la promulgation des premiers décrets-lois. Il s’est dit confiant de pouvoir achever le démantèlement du système Orbán d’ici la fin de l’année 2026. « Ce n’est pas une vengeance, c’est une cure de désintoxication pour notre démocratie », a-t-il conclu.