Un bilan humain lourd

Deux séismes consécutifs ont frappé le Venezuela dans la nuit de mercredi, causant au moins 235 décès et plus de 4 300 blessés, selon les chiffres communiqués jeudi par les autorités locales. Les secouristes poursuivent leurs recherches dans les décombres, notamment dans les zones côtières densément peuplées comme La Guaira et Catia La Mar, où des immeubles d’habitation se sont effondrés. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence, tandis que la présidente Delcy Rodríguez s’est adressée à la nation aux côtés des principaux responsables de l’exécutif, dont le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello.

« Je demande que nous agissions dans l’unité nationale, avec calme, et que nous sachions qu’ensemble nous allons surmonter cette tragédie », a déclaré Mme Rodríguez lors d’une allocution télévisée.

Une dirigeante sous pression

Arrivée au pouvoir en janvier après l’opération militaire américaine qui a capturé et expulsé son prédécesseur Nicolás Maduro, Mme Rodríguez doit composer avec des exigences contradictoires. L’administration Trump lui a demandé d’ouvrir le secteur pétrolier vénézuélien aux investissements étrangers, de coopérer avec les services de renseignement américains, de rompre les liens avec les adversaires de Washington et de libérer les prisonniers politiques. Si elle a cédé sur les volets économiques et diplomatiques, elle a jusqu’ici retardé les réformes politiques.

La présence à ses côtés de Diosdado Cabello, fondateur du parti au pouvoir et accusé par la justice américaine de « narco-terrorisme » dans le même acte d’accusation que M. Maduro, illustre les tensions internes. La nouvelle dirigeante doit en effet ménager les fidèles de l’ancien régime tout en répondant aux attentes d’une population qui espérait un rebond économique rapide après le départ de Maduro.

La réponse américaine entre aide et contraintes

Le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué jeudi s’être entretenu avec la présidente Rodríguez et avoir annoncé l’envoi d’équipes de secours en provenance de Virginie et de Californie, ainsi qu’un soutien logistique du Pentagone. « Quoi qu’il arrive, les États-Unis ont toujours répondu aux crises humanitaires, en particulier dans notre propre hémisphère », a-t-il déclaré, sans préciser le montant de l’aide financière allouée.

M. Rubio a reconnu que ces séismes constituaient un « revers » pour le plan américain visant à redresser l’économie vénézuélienne et à organiser des élections démocratiques. Il a toutefois estimé que le pays « sortirait plus fort de cette épreuve ».

Les obstacles liés aux sanctions

Malgré le changement de pouvoir, Washington maintient l’essentiel des sanctions économiques contre le Venezuela, en accordant des dérogations aux entreprises souhaitant y opérer. Le Trésor américain a par ailleurs mis en place un système de paiement qui concentre l’administration des recettes d’exportation vénézuéliennes entre les mains des autorités américaines, donnant à ces dernières un rôle direct dans les opérations de secours.

Un porte-parole du département d’État a affirmé que les licences générales existantes autorisaient déjà les transactions financières liées à l’aide humanitaire. Mais des responsables vénézuéliens et des dirigeants bancaires interrogés ces dernières semaines rapportent que les banques occidentales bloquent ou retardent régulièrement les transferts d’argent en raison de la politique de conformité liée aux sanctions, un problème que les exemptions américaines peinent à résoudre.

La question des déportations

Un autre point de friction pourrait surgir : les expulsions de Vénézuéliens par les États-Unis. Le département de la Sécurité intérieure a récemment jugé que les conditions au Venezuela s’étaient suffisamment stabilisées pour permettre le retour des migrants. On ignore si cette catastrophe naturelle modifiera cette appréciation.

Les séismes mettent ainsi à l’épreuve la relation forcée entre Caracas et Washington. Alors que le président Trump s’était félicité de l’intervention militaire comme d’un succès sans réserve, la réalité humanitaire et les contraintes budgétaires de l’administration américaine, notamment la dissolution l’an dernier de l’agence d’aide au développement USAID, compliquent désormais la gestion de la crise.