Jeudi 25 juin à 20 heures, connecté depuis son domicile havrais, Édouard Philippe a donné le coup d'envoi d'un exercice politique inédit par son ampleur : un apéro géant en visioconférence réunissant environ 10 000 participants. Vêtu d'une chemise blanche ouverte, des cacahuètes à portée de main, le candidat à la présidentielle a dialogué avec des convives répartis dans toute la France, invités à poser leurs questions via un QR Code.

Une réunion de campagne numérique d'un nouveau genre

Derrière l'écran de la maison cossue d'Angers où se tenait l'une des réunions, une quinzaine de personnes se pressaient autour d'un écran plat. Parmi elles, un restaurateur, une médecin anesthésiste, une directrice d'auto-école, un kinésithérapeute et un étudiant en école de commerce. À l'exception de l'hôte, adjointe au maire d'Angers, aucun n'était engagé politiquement ni n'avait arrêté son choix pour 2027. Tous se disaient toutefois davantage ancrés à droite qu'à gauche. L'un des participants, un chirurgien cardiaque, s'inquiétait « de la multiplication des candidatures au centre droit ».

L'initiative, conçue par le directeur de campagne et maire d'Angers, Christophe Béchu, s'inspire des centaines de réunions chez l'habitant qu'Édouard Philippe avait organisées lors de ses campagnes municipales au Havre. Transposée à l'échelle nationale sur la plateforme Zoom, elle visait à toucher un public plus large que les seuls militants. Le bouche-à-oreille a été privilégié, selon des proches du candidat, jugé plus efficace que les réseaux sociaux pour faire évoluer les opinions.

Deux mea-culpa et une stratégie pour le centre droit

Interrogé sur la compétition qui l'oppose à Bruno Retailleau et Gabriel Attal pour le leadership du centre droit, l'ancien Premier ministre a exclu l'organisation d'une primaire. Selon lui, un candidat finira par « capter l'attention des Français plus que les autres » et sera « regardé comme celui qui est le mieux à même de rassembler son camp » afin de « battre au deuxième tour le candidat du Rassemblement national ». Les enquêtes d'opinion le donnent pour l'instant comme le seul des trois prétendants en mesure de battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella.

L'échange, ponctué de quelques bugs techniques et de réponses parfois longues, a été l'occasion pour le candidat de reconnaître publiquement deux erreurs. Il a qualifié la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires, mesure emblématique de la fronde des « gilets jaunes » en 2019, de « plus gros échec » de son action. Il a également regretté d'avoir déclaré lors d'une interview télévisée que la colonisation n'« était pas un crime », affirmant qu'il aurait dû commencer par dire que « la colonisation, de par son processus, comporte des crimes ».

Un rendez-vous avant le grand meeting parisien

Ce format visioconférence permet de toucher « beaucoup plus de Français que lors d'un meeting », selon un conseiller. Le 5 juillet, le candidat tiendra un grand meeting à l'Adidas Arena de Paris, où 5 000 personnes sont attendues. L'apéro géant du 25 juin constituait une étape intermédiaire, visant à consolider une base électorale tout en élargissant l'audience au-delà des cercles militants.