La perspective d’un «Breturn» – retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne – fait son chemin dans le débat public, dix ans après le vote en faveur du Brexit. L’ancien négociateur en chef européen Michel Barnier a estimé qu’une réadhésion était «tout à fait possible», à condition que Londres accepte certains compromis. Il s’est exprimé dans un entretien accordé à un quotidien britannique, à quelques jours du dixième anniversaire du référendum du 23 juin 2016.
«Je pense que jour après jour, les Britanniques constateront que le monde actuel est plus dangereux, plus fragile, plus instable, et que nous ne pouvons pas rester seuls», a déclaré Michel Barnier. Selon lui, les clauses d’exemption dont bénéficiait autrefois le Royaume-Uni – notamment la non-adhésion à l’euro et à l’espace Schengen – pourraient être renégociées et conservées en cas de retour. Il a toutefois insisté sur la nécessité de renoncer au «rabais britannique», ce mécanisme de correction budgétaire obtenu par Margaret Thatcher en 1984, qui réduisait la contribution du Royaume-Uni au budget européen. «La solidarité est l’ADN de l’Union européenne», a-t-il fait valoir pour justifier cette condition.
Des diplomates européens plus prudents
Malgré l’ouverture affichée par l’ancien chef de la task-force Brexit, les capitales européennes paraissent beaucoup moins enthousiastes. Plusieurs diplomates de pays membres ont indiqué que leurs gouvernements seraient disposés à étudier une candidature britannique, mais à condition que le Royaume-Uni accepte pleinement les contraintes liées à l’appartenance à l’UE. L’un d’eux a confié que Londres ne semblait pas prêt à endosser ces obligations. Un autre a souligné que, depuis le départ des Britanniques, les discussions au sein de l’Union étaient devenues plus fluides, car il n’était plus nécessaire de négocier constamment des exemptions. «C’est plus facile depuis qu’ils sont partis», a-t-il résumé.
L’UE a également évolué sur le fond. L’expert du groupe de réflexion Chatham House, Sébastien Maillard, relève que, débarrassée du contrepoids libéral britannique, l’Union s’est engagée dans une quête d’«autonomie stratégique» et a assumé une «préférence européenne» dans certains secteurs. «Le Royaume-Uni ne se rend pas compte à quel point l’UE a changé ces 10 dernières années», observe-t-il. La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et la présidence américaine de Donald Trump ont également accéléré cette transformation, selon un diplomate européen.
Un débat politique toujours vif outre-Manche
Côté britannique, les appels à un rapprochement se multiplient sans pour autant déboucher sur une stratégie claire. Les sondages suggèrent qu’une nette majorité de Britanniques considère désormais le Brexit comme une erreur. Le rival le plus sérieux du Premier ministre Keir Starmer au sein du Parti travailliste, Andy Burnham, a lui-même qualifié la sortie de l’UE d’erreur et s’est dit favorable à une réintégration à long terme, sans donner de calendrier. Le chef du gouvernement, pour sa part, se concentre pour l’instant sur un réchauffement des relations bilatérales plutôt que sur une adhésion.
Reste à savoir si une éventuelle demande de réadhésion serait acceptée. Les procédures sont complexes : le Royaume-Uni devrait déposer sa candidature, négocier un traité d’adhésion approuvé à l’unanimité par les Vingt-Sept et ratifié par l’ensemble des parlements nationaux. L’obstacle politique est tout aussi grand : les clauses dérogatoires qui faisaient de Londres un membre à part risquent d’être perçues comme une nouvelle marque d’exceptionnalisme, et le rabais budgétaire, déjà très contesté, serait probablement remis en cause. Michel Barnier lui-même a reconnu que ce dernier point serait un sujet de négociation difficile.
Vers un sommet de juillet
Les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doivent être évoquées lors d’un sommet prévu le 22 juillet. Ce rendez-vous devrait permettre d’évaluer l’état du partenariat post-Brexit, sans pour autant aborder une éventuelle réadhésion. Pour l’heure, aucun État membre ne pousse pour rouvrir le dossier. Comme le résume un diplomate européen, «ils ne sont pas disposés à accepter les contraintes associées à l’appartenance à l’UE». Le chemin vers un «Breturn» reste semé d’obstacles.