Alors que le nom de Gisèle Pelicot est devenu un symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles après le procès de son mari, un nouveau documentaire s’intéresse à la face cachée de ces crimes : les réseaux en ligne où des hommes partagent des méthodes pour droguer des femmes et les violer pendant leur sommeil.

Un phénomène persistant

L’enquête, réalisée par la journaliste Saskya Vandoorne, révèle que plusieurs sites web servent encore de plateformes d’échange pour des individus cherchant à soumettre chimiquement leurs victimes. Ces forums, souvent situés dans des recoins peu réglementés d’Internet, permettent aux utilisateurs de discuter sans entrave des techniques pour administrer des substances sans consentement et de partager des récits de viols, banalisant ainsi des actes criminels.

Le documentaire s’inscrit dans le sillage de l’affaire Pelicot, qui a choqué l’opinion publique par son ampleur et sa durée. Pendant près d’une décennie, Dominique Pelicot avait drogué son épouse, Gisèle, avant de la livrer à des inconnus recrutés en ligne. Si ce procès a permis de lever le voile sur ces pratiques, l’enquête de Saskya Vandoorne montre que la toile reste un terreau fertile pour ce type de prédation.

Des échanges anonymes et peu encadrés

La journaliste souligne la difficulté de traquer ces réseaux, en raison de l’anonymat qu’offrent certaines parties du web. Les participants y échangent des conseils précis sur les dosages de médicaments ou de drogues, les lieux propices à l’administration, et les moyens d’éviter les soupçons. Ces discussions, parfois agrémentées de photos ou de vidéos, constituent selon les enquêteurs une forme de préparation au passage à l’acte.

L’enquête met également en lumière un paradoxe : malgré la condamnation spectaculaire de Dominique Pelicot et la médiatisation du calvaire de son épouse, ces plateformes n’ont pas disparu. Certaines ont même vu leur fréquentation augmenter, nourrie par une curiosité malsaine ou par la recherche de conseils pour reproduire ces gestes.

Un appel à la vigilance

En présentant ce documentaire, Saskya Vandoorne espère alerter les autorités et le grand public sur la persistance de ces espaces numériques. Elle rappelle que derrière chaque discussion se trouve une potentielle victime, et que la lutte contre ces réseaux passe par une meilleure coopération internationale et un contrôle accru des contenus en ligne.

L’affaire Pelicot a déjà conduit à des débats sur le renforcement des lois encadrant la soumission chimique et le viol. Ce nouveau travail d’investigation vient rappeler que le combat est loin d’être terminé, et que les outils numériques continuent d’être utilisés pour organiser et banaliser des crimes sexuels.