Une ancienne magistrate du Wisconsin a été condamnée mercredi à une amende de 5 000 dollars, sans peine de prison, pour avoir entravé l’arrestation d’un immigrant sans papiers par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Hannah C. Dugan, 67 ans, qui siégeait au Milwaukee County Circuit Court, avait été reconnue coupable en décembre 2025 d’obstruction à une procédure fédérale, un verdict confirmé par la suite.

Les faits remontent à avril 2025. Ce jour-là, des agents de l’ICE se sont présentés au palais de justice de Milwaukee pour appréhender Eduardo Flores-Ruiz, un ressortissant mexicain qui avait réintégré illégalement le territoire américain après une expulsion en 2013. Il comparaissait ce jour-là devant Mme Dugan pour une affaire de violence domestique. Informée de la présence des agents, la magistrate leur a indiqué que leur mandat administratif ne constituait pas un motif valable d’arrestation et les a orientés vers le bureau du juge en chef. Pendant ce temps, elle a fait sortir M. Flores-Ruiz et son avocat par une porte réservée aux jurés. L’homme a toutefois été rattrapé par les agents peu après, à l’extérieur du bâtiment, à l’issue d’une brève course-poursuite. Mme Dugan a été interpellée une semaine plus tard par le FBI.

Lors de l’audience de détermination de la peine, le juge fédéral Lynn Adelman a estimé que la conduite de l’ancienne magistrate, bien que répréhensible, devait être replacée dans le contexte de sa longue carrière. « Il s’agit de quelques minutes de comportement pour une personne qui a consacré sa vie au service public », a-t-il déclaré. « C’est un écart marqué par rapport à une existence par ailleurs respectueuse de la loi. » Il a également noté que Mme Dugan avait déjà perdu son emploi, qu’elle était désormais frappée d’une condamnation pour crime et qu’elle avait reçu des menaces l’obligeant à déménager. Il a ajouté que ses actions n’avaient pas empêché l’arrestation de M. Flores-Ruiz.

Les procureurs fédéraux, qui réclamaient une peine de quinze à vingt et un mois d’emprisonnement, ont dénoncé une décision trop clémente. Ils estimaient que Mme Dugan avait « utilisé le pouvoir et le prestige de sa fonction judiciaire pour entraver des agents fédéraux dans l’exercice de leurs fonctions légales, afin d’aider un individu à échapper à son arrestation ». Selon eux, une peine sévère était nécessaire pour refléter l’impact plus large sur le système judiciaire.

Avant que la sentence ne soit prononcée, l’intéressée a pris la parole pour se défendre. « Depuis plus d’un an, les circonstances de cette poursuite ont été politisées », a-t-elle affirmé. « J’ai été présentée à la fois comme une hors-la-loi et comme une héroïne. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis une fonctionnaire qui essayait simplement de faire son travail. » Elle a expliqué avoir agi pour préserver « le décorum et la sécurité de la salle d’audience », sans intention malveillante.

Le ministère de la Justice a fait savoir qu’il prenait acte de la décision tout en exprimant son désaccord. Dans un communiqué, il a indiqué examiner « toutes les options possibles pour garantir que la justice soit rendue dans cette affaire », laissant planer la possibilité d’un recours.

Cette affaire a été considérée comme l’un des premiers tests des efforts du gouvernement fédéral pour réprimer les fonctionnaires locaux qui entravent les politiques migratoires de l’administration Trump. Dès le début, la procédure contre Mme Dugan a suscité l’attention de hauts responsables de l’exécutif, tandis que des manifestants se sont mobilisés en sa faveur, dénonçant des poursuites à caractère politique.