Moins d'un mois après la signature d'un mémorandum de paix entre Washington et Téhéran, les hostilités ont repris de manière spectaculaire dans le détroit d'Ormuz. Lundi, l'Iran a ciblé trois navires civils empruntant cette voie maritime stratégique, poussant les forces américaines à riposter en frappant plus de quatre-vingts positions iraniennes, notamment des vedettes rapides utilisées pour des assauts. Cette escalade fait craindre un effondrement de l'accord de cessez-le-feu conclu fin juin.
De part et d'autre, une méfiance profonde Le mémorandum d'entente (MOU) signé trois semaines plus tôt prévoyait un large allègement des sanctions, des investissements étrangers et l'accès à des fonds gelés pour l'Iran, en échange de sa coopération. Mais Téhéran n'a pas encore perçu les bénéfices financiers promis, tandis qu'un accord parallèle entre Israël et le Liban, négocié par les États-Unis, est perçu par les dirigeants iraniens comme une tentative de contourner les engagements pris dans le MOU, notamment celui d'un cessez-le-feu au Liban impliquant le Hezbollah.
Selon Vali Nasr, professeur de relations internationales à l'université Johns Hopkins, « l'Iran estime que les États-Unis cherchent à encourager le transit maritime par le détroit pour lui retirer tout levier de négociation. Téhéran a attaqué avec un agenda clair, et Donald Trump a répliqué. Le résultat, c'est que nous pourrions nous retrouver entraînés vers la guerre sans l'avoir vraiment décidé. »
Des frappes calculées mais risquées L'administration américaine a tenté un exercice d'équilibriste : utiliser des missiles et des drones pour rouvrir le détroit sans relancer les opérations militaires d'envergure, impopulaires avant les élections de mi-mandat de novembre. L'enjeu est double : ne pas laisser penser que Téhéran contrôle toujours l'une des routes maritimes les plus vitales au monde, mais aussi ne pas s'enliser dans un nouveau conflit coûteux et incertain.
Pour l'Iran, maintenir sa mainmise sur le détroit d'Ormuz est vital. Outre les péages qu'il espère percevoir, cette maîtrise lui offre un moyen de pression unique face à Washington. Les observateurs soulignent que Téhéran, sans rechercher nécessairement une reprise des combats à grande échelle, pourrait juger cette perspective préférable à une perte totale d'influence sur le passage.
Vers une reprise du conflit ? Les échanges de tirs intervenus lundi et mardi sont les plus violents depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 15 juin. Bien que la Maison-Blanche ait menacé d'abandonner la voie diplomatique, aucune partie n'a encore officiellement dénoncé le mémorandum. La situation reste extrêmement tendue : tout nouvel incident pourrait faire basculer la région dans une guerre généralisée, que ni Washington ni Téhéran ne disent souhaiter ouvertement.
Les experts estiment que la fragilité de l'accord, rédigé dans des termes volontairement vagues pour permettre une signature rapide, est désormais exposée. Les clauses relatives à la liberté de navigation et aux cessez-le-feu régionaux n'ont pas empêché les interprétations divergentes qui alimentent aujourd'hui la confrontation. Le détroit d'Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole mondial, reste une poudrière.