Et si votre prochain nettoyage de printemps servait à former les robots de demain ? C'est le pari de la jeune pousse allemande MicroAGI, qui a lancé fin mai une offre de nettoyage gratuit à destination des habitants de New York. L'initiative, promue via son application Shift, repose sur un échange : des agents professionnels, munis de lunettes ou de casques équipés de caméras, filment l'intégralité de leur travail. Les images sont ensuite utilisées pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle destinés à des robots domestiques.

Un service gratuit, mais pas sans conditions

Sur le site dédié à cette opération, la promesse est claire : « Vous obtenez un appartement impeccable. Nous obtenons des données d'entraînement. Tout le monde y gagne. » Le mécanisme est simple : les clients potentiels remplissent un formulaire incluant leurs coordonnées et des instructions d'accès, puis réservent une séance d'environ deux heures. Aucun paiement n'est demandé pour la prestation elle-même. Toutefois, l'inscription nécessite de fournir une carte bancaire, et des frais peuvent être appliqués en cas d'annulation tardive (moins de 24 heures à l'avance) ou d'absence du client au moment du rendez-vous.

La question de la protection des données est au cœur du dispositif. Dans sa FAQ, l'entreprise assure que les « noms, visages ou autres informations personnelles sont automatiquement anonymisés, et tout détail sensible est flouté avant d'être utilisé ». La politique de confidentialité précise que des « modèles d'apprentissage automatique avancés » exécutés directement sur les appareils de capture (lunettes intelligentes ou caméras) effectuent des « transformations irréversibles telles que le floutage automatique des visages et l'obfuscation des identifiants » avant tout transfert vers les serveurs de la société.

Néanmoins, aucune disposition ne permet aux clients de demander le retrait de leurs propres images des jeux de données une fois ceux-ci constitués. Par ailleurs, les experts s'interrogent sur l'efficacité réelle des techniques d'anonymisation employées : il n'est pas garanti qu'un logement ne puisse être identifié de manière indirecte à travers les données publiées.

Des risques juridiques assumés par le client

Les conditions générales du service dégagent par ailleurs la plateforme de toute responsabilité en cas de dommages matériels, de vol ou de préjudice corporel survenus durant le nettoyage. Ce point, combiné à l'absence de clause de suppression des données, pourrait soulever des interrogations parmi les consommateurs les plus attentifs.

Un projet plus large de collecte de données

MicroAGI ne se présente pas comme une simple entreprise de services ménagers, mais comme une « équipe d'ingénieurs, de chercheurs et d'opérateurs en mission pour accélérer l'IA incarnée », selon son site. L'offre de nettoyage gratuit n'est en réalité qu'un volet promotionnel d'une ambition plus vaste. L'application Shift sert principalement à recruter des « opérateurs » – des personnes qui, contre une rémunération d'environ 20 dollars de l'heure majorée de primes, enregistrent des vidéos de leurs activités quotidiennes ou professionnelles à l'aide d'un serre-tête équipé d'une caméra.

Lors de l'annonce, le directeur général américain de MicroAGI, Harry Kilberg, a indiqué que l'application rémunérait déjà « des dizaines de milliers de personnes » dans quinze pays pour documenter leurs gestes. La politique de confidentialité décrit ainsi « la collecte de données pour l'entraînement de la robotique » comme le « cœur du métier de MicroAGI ».

Un concept qui interroge

Si l'offre peut séduire des New-Yorkais soucieux d'économiser le coût d'un service de nettoyage, elle pose des questions éthiques et pratiques. La valorisation des données personnelles issues des foyers – et leur utilisation pour des applications robotiques futures – reste un terrain juridique encore peu balisé. En attendant, la start-up semble miser sur un principe simple : transformer chaque geste ménager en une brique d'apprentissage pour les machines de demain.