Volodymyr Zelensky a donné son feu vert à une campagne d'une durée de quarante jours visant à faire pression sur la Russie afin qu'elle mette un terme à son invasion. L'information a été rendue publique le 25 juin sur le compte Facebook du chef de l'État ukrainien. Cette opération, placée sous la responsabilité du Service de sécurité d'Ukraine (SBU), a été présentée comme une initiative destinée à « contraindre l'État agresseur à mettre un terme à la guerre », selon les termes employés par le président.
Le calendrier retenu n'est pas le fruit du hasard. Il intervient alors que les pourparlers de paix entre les deux parties sont bloqués depuis plusieurs mois et que les Occidentaux doivent procéder, le 15 juillet, à un réexamen du mécanisme de plafonnement du prix du pétrole brut russe. Cette mesure, adoptée par les pays du G7 et l'Union européenne, vise à limiter les revenus pétroliers de Moscou tout en maintenant les volumes sur le marché mondial. L'opération ukrainienne est conçue pour coïncider avec cette échéance stratégique.
Des frappes déjà engagées
Les actions sur le terrain ont débuté dans la foulée de l'annonce présidentielle. Le 26 juin, des drones de l'unité spéciale Alpha du SBU ont pris pour cible le chantier naval Zaliv, situé dans la ville de Kertch, en Crimée occupée. Selon le SBU, les frappes ont mis le feu à deux navires câbliers, le Volga et le Viatka, qui étaient en construction pour le compte du ministère russe de la Défense et destinés à embarquer un système de surveillance acoustique sous-marine. Le ferry Petropavlovsk, quasiment achevé, ainsi qu'un système de défense antiaérienne S-400 protégeant le détroit de Kertch ont également été endommagés.
En réaction, les autorités russes installées en Crimée ont proclamé l'état d'urgence régional. Cette mesure survient une semaine après que des forces ukrainiennes ont détruit un pont ferroviaire enjambant le canal de Crimée du Nord, et alors que des attaques répétées contre des dépôts de carburant et des centrales électriques ont plongé une grande partie de la péninsule dans une pénurie d'électricité.
Le secteur énergétique russe dans le viseur
Depuis plusieurs semaines, Kyiv concentre ses tirs à longue portée sur les infrastructures énergétiques russes. La raffinerie de Moscou, frappée à plusieurs reprises par des drones, est à l'arrêt et ne devrait pas redémarrer avant la fin de l'année. Le 24 juin, une autre installation majeure, le complexe de raffinage Lukoil-Nijegorodnefteorgsintez de Kstovo — le quatrième de Russie par sa capacité et le deuxième producteur d'essence du pays — a été mis hors service après qu'un drone a endommagé une unité de raffinage primaire.
Ces frappes s'inscrivent dans une stratégie plus large que les responsables ukrainiens qualifient de « sanctions », par analogie avec les mesures économiques occidentales. L'objectif affiché est de réduire les revenus que Moscou tire de ses exportations d'hydrocarbures et qui financent son effort de guerre.
Un rôle élargi pour le SBU
Le choix de confier la coordination de cette campagne au SBU, et non à l'armée régulière, est significatif. Depuis le début de l'invasion à grande échelle, les prérogatives de ce service de renseignement, traditionnellement chargé du contre-espionnage et de la sécurité intérieure, se sont considérablement élargies. Le SBU a gagné en autonomie opérationnelle et mène désormais des actions sur le front, y compris des frappes de précision derrière les lignes ennemies. Selon des analystes spécialistes de la région, cette agence s'est forgée une réputation d'efficacité au combat, même si ses activités de renseignement intérieur restent moins populaires auprès du public.
Dans son message, Volodymyr Zelensky n'a fourni aucun détail sur le déroulement précis de l'opération ni sur ses moyens exacts. Il s'est contenté de saluer les récents succès de l'armée ukrainienne, tant dans les frappes à moyenne portée — essentiellement en Crimée — que dans les bombardements à longue portée, à l'image des précédentes attaques de drones ayant visé la région de Moscou. Le président a précisé que cette campagne ne visait pas à imposer une capitulation de la Russie, mais à en augmenter le coût pour la contraindre à négocier. « Nous ne pouvons pas dicter nos conditions à une puissance plus grande qui croit encore qu'elle est en train de gagner, mais nous pouvons rendre la poursuite de la guerre plus coûteuse », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par son entourage.
L'issue de cette offensive, qui mêle pressions militaire et économique, reste incertaine. La révision du plafonnement du prix du pétrole, prévue pour la mi-juillet, constituera un test décisif de la solidarité occidentale face à la stratégie ukrainienne.