Depuis le début de l'année 2026, la position de Kiev vis-à-vis de Minsk s'est considérablement durcie. Après une série de frappes meurtrières de drones russes dans le nord-ouest de l'Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a adopté un ton résolument plus ferme envers la Biélorussie voisine, qui sert de base arrière pour certaines opérations aériennes de Moscou.
Le chef de l'État ukrainien a ordonné, plus tôt dans l'année, des frappes contre quatre stations de relais situées en Biélorussie. Selon Kiev, ces installations sont utilisées par l'armée russe pour diriger avec une précision accrue ses drones d'attaque vers le territoire ukrainien. Face à la poursuite de ces bombardements, qui font chaque jour des victimes civiles, M. Zelensky a haussé le ton.
Menace explicite d'une action unilatérale
Dans une déclaration publique la semaine dernière, le président ukrainien s'est adressé directement à son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. « Qu'il retire cet équipement, a-t-il averti. Parce qu'aujourd'hui, chaque jour, nos civils meurent et des enfants sont blessés à cause de cela. S'il ne le fait pas, nous le ferons. » Cette mise en garde, rapportée par plusieurs sources, a marqué un changement notable par rapport à la prudence dont Kiev avait fait preuve depuis le début de l'invasion russe, lancée en partie depuis le territoire biélorusse.
Jusqu'à présent, l'Ukraine avait maintenu des relations diplomatiques avec la Biélorussie et conservé des canaux de communication ouverts avec Alexandre Loukachenko. Cette approche semble désormais remise en cause.
Succès des frappes et basculement stratégique
Jeudi, Volodymyr Zelensky a indiqué que les stations de relais avaient été mises hors service, pour l'instant. Ce résultat semble conforter la nouvelle doctrine ukrainienne, qui combine menaces directes et actions ciblées.
Pour sceller ce changement de posture, Kiev a également invité, en mai, la cheffe de l'opposition biélorusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, à ouvrir un bureau à Kiev. Ce geste diplomatique illustre la volonté de l'Ukraine d'entretenir des liens avec les forces politiques hostiles au régime de Loukachenko.
Une évolution de la posture régionale de Kiev
Des analystes et des diplomates occidentaux interprètent cette escalade comme le signe d'une « attitude plus agressive » de Kiev envers son voisin du nord. Ils relient cette évolution aux succès de la campagne ukrainienne de frappes à longue portée contre l'industrie pétrolière russe. « La dynamique actuelle relève davantage d'une évolution de la posture régionale de Kiev que d'une réponse à une menace militaire immédiate de la part de la Biélorussie », a commenté Balazs Jarabik, ancien diplomate slovaque, dans une analyse pour le Carnegie Endowment for International Peace.
Selon lui, Kiev chercherait à redéfinir son environnement de sécurité immédiat, en s'attaquant aux infrastructures qui permettent à la Russie de projeter sa puissance aérienne via le territoire biélorusse. La pause de la guerre de 2022, bien que toujours d'actualité, n'a pas mis fin aux menaces hybrides et aux frappes transfrontalières.
Des infrastructures au cœur de la guerre des drones
L'enjeu des relais radio est crucial dans la guerre des drones qui oppose l'Ukraine et la Russie. Les signaux transmis par ces stations permettent de guider les appareils sans pilote, notamment les modèles russes Lancet et Shahed, utilisés massivement contre les infrastructures civiles et militaires ukrainiennes. En ciblant ces installations, Kiev cherche à priver Moscou d'un avantage tactique important.
La frontière nord de l'Ukraine, qui longe le Dniepr et forme la séparation avec la Biélorussie, fait l'objet d'une attention renforcée. Des renforts et des fortifications ont été déployés pour parer à une éventuelle offensive depuis ce secteur. Les autorités ukrainiennes n'écartent pas la possibilité que la Russie tente une nouvelle incursion par le nord, même si l'état-major ukrainien estime que le risque est actuellement limité par l'engagement des forces russes sur d'autres fronts.
Le sort des relais russes en Biélorussie reste suspendu à la décision de Minsk. Si le président Loukachenko ne se conforme pas à l'ultimatum, l'Ukraine a clairement laissé entendre qu'elle serait prête à agir de nouveau, par ses propres moyens.