Le yen continue de susciter de vives inquiétudes sur les marchés financiers, alimentées par des diagnostics divergents sur sa véritable valeur et les risques d'une intervention officielle. Alors que la devise japonaise évolue à des niveaux historiquement bas, un ancien haut responsable de la politique de change du Japon a estimé que le yen est sous-évalué de 15 à 20% par rapport à son juste prix. Dans le même temps, la banque d'affaires Goldman Sachs a publié une prévision à douze mois voyant la parité glisser à 165 yens pour un dollar, accentuant la pression sur les opérateurs.
Un diagnostic de sous-évaluation
Celui qui a dirigé la diplomatie du yen pour le compte du ministère des Finances nippon a jugé que la monnaie nationale est aujourd'hui « clairement sous-évaluée ». Selon lui, l'écart par rapport à sa valeur d'équilibre atteint une fourchette comprise entre 15 et 20%. Ce constat tranche avec la trajectoire récente de la devise, qui a touché des plus bas jamais vus depuis près de quatre décennies face au billet vert. L'ancien « tsar du yen » a souligné que cette faiblesse persistante pourrait avoir des conséquences néfastes pour l'économie japonaise, notamment en renchérissant le coût des importations d'énergie et de matières premières.
Des anticipations de marché divergentes
À contre-courant de cette analyse, les stratèges de Goldman Sachs ont livré leur scénario pour l'année à venir : un yen à 165 pour un dollar. Cette projection, qui table sur une dépréciation supplémentaire de la monnaie japonaise, repose sur le maintien d'un écart de taux d'intérêt important entre les États-Unis et le Japon. La Réserve fédérale américaine ne devrait pas réduire ses taux aussi rapidement que ne l'anticipaient certains opérateurs, tandis que la Banque du Japon (BoJ) a jusqu'ici procédé avec prudence dans son resserrement monétaire. Ce différentiel continue de favoriser le dollar et de peser sur le yen.
Le spectre de l'intervention
Cette double actualité relance les spéculations sur une éventuelle action des autorités nippones pour soutenir leur monnaie. La période des vacances d'été, marquée par une liquidité réduite sur les marchés, est traditionnellement propice à ce type d'intervention. Les traders redoutent que le gouvernement, par l'intermédiaire de la BoJ, ne procède à des achats massifs de yens pour enrayer la chute de la devise. De telles opérations avaient déjà été menées en 2022 et 2023, sans parvenir à inverser durablement la tendance. Les déclarations du responsable américain, associées aux prévisions baissières de Goldman Sachs, renforcent la nervosité des investisseurs, partagés entre la peur d'une intervention soudaine et la conviction d'une faiblesse structurelle du yen.
Un contexte économique tendu
La dépréciation du yen constitue un défi majeur pour l'économie japonaise. Si elle favorise les exportations des géants industriels du pays, elle pénalise lourdement les ménages et les petites entreprises via la hausse des prix des biens importés. L'inflation importée, qui a dépassé les objectifs de la BoJ, complique la tâche de l'institution monétaire, tiraillée entre la nécessité de normaliser sa politique et le risque d'étouffer une reprise encore fragile. Les marchés financiers restent donc en alerte, guettant le moindre signe d'une action coordonnée des autorités.