L'Autorité environnementale a rendu public le 7 mai un avis très critique sur les opérations d'aménagement foncier agricole, forestier et environnemental (Afafe) liées au chantier de l'autoroute A69 entre Castres et Toulouse. L'instance indépendante estime que le dossier présenté par le concessionnaire Atosca, qui pilote le projet, est incomplet et insuffisamment documenté pour permettre une évaluation correcte des impacts sur l'environnement.
Ces aménagements fonciers, pilotés par le département du Tarn, visent à compenser les exploitants agricoles et les propriétaires dont les terres ont été préemptées pour le tracé de l'autoroute. Ils concernent plus de 6 812 hectares dans le département et incluent des travaux connexes : arrachage et plantation de haies, création de fossés, chemins et installation de buses pour l'écoulement des eaux. L'opération est entièrement à la charge d'Atosca.
Des lacunes multiples dans le dossier
L'Autorité environnementale pointe plusieurs manquements graves. Elle relève notamment un suivi partiel des mesures de compensation écologique, une absence de prise en compte satisfaisante des zones humides et des risques d'inondation, ainsi qu'une évaluation très limitée des impacts sur les espèces protégées. Surtout, le dossier n'a pas été actualisé malgré l'évolution du chantier.
Atosca a récemment reconnu utiliser 51,6 hectares supplémentaires par rapport au projet initial, sans que ces emprises aient été intégrées à l'étude d'impact. L'instance indique avoir eu connaissance de ces dépassements seulement le 4 mai, ce qui l'a empêchée d'analyser toutes les conséquences des évolutions d'emprises sur l'environnement. Elle suggère donc au concessionnaire de mettre à jour son dossier, avant un potentiel réexamen complet devant l'Autorité environnementale.
Des inquiétudes sur la ressource en eau
L'avis s'attarde également sur les effets indirects des aménagements fonciers sur la qualité de l'eau et la continuité des ripisylves — la végétation des berges des cours d'eau. Si l'Autorité reconnaît la qualité de l'état des lieux initial réalisé par le concessionnaire, elle estime que l'évaluation des impacts indirects est insuffisante, notamment sur la préservation des zones humides. Plusieurs malfaçons liées aux ouvrages hydrauliques le long du tracé avaient déjà été signalées, affectant la qualité des cours d'eau alentour.
Réactions des opposants et attentes des agriculteurs
« C'est à l'image de la conduite désastreuse du projet depuis le début », réagit une militante du collectif La Voie est libre, qui souhaite rester anonyme. « Le dossier est largement incomplet et c'est ce que pointe l'Autorité environnementale. Le département et la préfecture du Tarn devraient taper du poing sur la table. »
Au-delà des questions environnementales, ces aménagements fonciers ont des répercussions sociales directes. Certains agriculteurs sont toujours dans l'attente de récupérer une partie de leurs terres. Jean-Philippe Rouanet, exploitant à Lacroisille dans le Tarn, dénonçait en février dernier le mépris dont les paysans font l'objet : « Atosca parle d'un chantier exemplaire, mais la réalité est tout autre. Ces aménagements fracturent les relations locales que nous avons tissées entre nous. Cela va laisser des traces indélébiles. »
Quelles suites pour le projet ?
Contactés, ni le concessionnaire Atosca ni le département du Tarn n'ont souhaité répondre aux sollicitations. Cet avis de l'Autorité environnementale pourrait peser dans les recours en justice engagés par les opposants au projet, qui dénoncent des irrégularités à répétition. Les travaux de l'A69 se poursuivent néanmoins, malgré les alertes des riverains, les décisions de justice et les arrêtés préfectoraux constatant des infractions. Le concessionnaire devra désormais décider s'il actualise son dossier ou s'il risque un réexamen défavorable qui pourrait freiner l'avancement du chantier.