Quarante et un ans après la mort du petit Grégory, retrouvé noyé dans la Vologne à l'âge de 4 ans, l'enquête pourrait connaître un tournant judiciaire décisif. Ce mercredi 27 mai, la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon doit se prononcer sur deux requêtes déposées par les avocats de Jacqueline Jacob, la grand-tante de l'enfant, mise en examen depuis octobre 2025.

Deux voies juridiques distinctes

La première requête, qualifiée de « requête en nullité », vise à faire annuler la mise en examen de Jacqueline Jacob pour « association de malfaiteurs » en vue de la préparation à l'enlèvement de Grégory, comme l'a confirmé le procureur général de la cour d'appel de Dijon, Philippe Astruc. La défense conteste la validité des charges retenues contre sa cliente.

La seconde requête, dite « en constatation de la prescription de l'action publique », demande aux juges de reconnaître que les faits reprochés sont couverts par la prescription, ce qui entraînerait l'extinction de l'action publique et, par conséquent, la fin des poursuites.

Les arguments de la défense

L'un des avocats de Jacqueline Jacob, Me Frédéric Berna, a développé une critique sévère de l'enquête. Il a notamment évoqué des « errements » dès les premières heures de l'affaire. Selon lui, les échantillons d'eau prélevés dans les poumons de l'enfant auraient été confiés à son grand-père, qui tenait un laboratoire, mais ce dernier aurait estimé ne pas avoir les compétences techniques nécessaires pour les analyser. « Les échantillons d'eau sont repartis et on ne les a jamais revus. Ils ont été perdus », a-t-il déclaré.

Me Berna a également dénoncé une « gabegie financière monstrueuse », avec des expertises coûtant « plusieurs millions d'euros » qui n'ont, selon lui, « absolument rien apporté » à la manifestation de la vérité. Il a estimé que « la justice s'acharne en essayant de rattraper quarante ans d'errance ». Pour lui, « cette affaire n'est plus résolvable » et il en demande « l'arrêt ».

Une affaire marquée par des rebondissements tragiques

L'affaire Grégory Villemin, qui a débuté le 16 octobre 1984 avec la découverte du corps de l'enfant pieds et mains liés dans la Vologne, a connu de multiples rebondissements judiciaires. En mars 1985, Bernard Laroche, un suspect, a été assassiné. Christine Villemin, la mère de Grégory, a été inculpée et écrouée en 1985 avant de bénéficier d'un non-lieu en 1993. En 2017, le juge d'instruction Jean-Michel Lambert s'est suicidé. En 2018, trois mises en examen avaient déjà été annulées.

Selon une expertise, il y aurait eu jusqu'à cinq « corbeaux » dans cette affaire, qui ont menacé la famille pendant des années. Les enquêteurs soupçonnent Jacqueline Jacob d'être le « corbeau » ayant revendiqué le meurtre de l'enfant, mais elle a « fermement contesté » cette accusation.

Des scellés quasi inutilisables

Avec le temps, les scellés de l'enquête sont devenus quasiment inexploitables. Me Berna a souligné que « les scellés ne sont quasiment plus utilisables », renforçant l'idée que les investigations sont dans une impasse.

La décision de la chambre d'instruction de Dijon est attendue dans les prochains jours. Si elle fait droit aux requêtes de la défense, cela pourrait mettre un terme à la procédure engagée contre Jacqueline Jacob et marquer un nouveau chapitre dans cette affaire hors norme qui n'a cessé de hanter la société française.