L’Allemagne et l’Espagne s’opposent aux plans de la Commission européenne visant à interdire les fournisseurs de technologies chinois, dont Huawei, des réseaux de télécommunications. Selon des sources proches des négociations, les deux pays mènent une opposition frontale contre ces nouvelles règles de cybersécurité, qui imposeraient le retrait des équipements considérés comme à haut risque des réseaux 5G et au-delà.

Cette dissension intervient alors que Bruxelles tente de renforcer la sécurité du bloc face aux préoccupations liées à l’espionnage potentiel par des acteurs étatiques. La Commission a proposé d’identifier les fournisseurs les plus risqués et d’exiger des États membres qu’ils les excluent des parties critiques de leurs réseaux.

Des intérêts économiques et diplomatiques en jeu

L’Allemagne, premier marché européen pour Huawei, abrite des milliers d’emplois liés à ses activités. Les opérateurs télécoms allemands, dont Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica, utilisent massivement des équipements du géant chinois. Une interdiction soudaine entraînerait des coûts de remplacement estimés à plusieurs milliards d’euros et des retards dans le déploiement de la 5G. Madrid, de son côté, redoute l’impact sur ses relations commerciales avec Pékin et sur les investissements chinois dans le pays.

Les deux capitales estiment que les preuves de risques concrets de sécurité liés à Huawei sont insuffisantes pour justifier une interdiction totale. Elles plaident pour une approche plus nuancée, basée sur une évaluation au cas par cas, plutôt qu’une exclusion systématique.

Un processus de décision encore ouvert

Les discussions se poursuivent entre les États membres et la Commission. Les décisions finales sur la liste des fournisseurs à risque et sur le calendrier de mise en œuvre ne sont pas encore arrêtées. Berlin et Madrid espèrent obtenir des concessions, comme des délais plus longs ou des exceptions pour les infrastructures existantes.

D’autres pays, dont la France, les Pays-Bas et les pays nordiques, seraient plus favorables à une ligne dure vis-à-vis de la Chine. Les divisions au sein de l’UE reflètent les tensions géopolitiques croissantes entre l’Europe et Pékin, mais aussi la dépendance technologique et économique de certains États membres.