Une preuve d’échelle pour le captage géologique du CO₂

Sparsh Agarwal, fondateur d'AltCarbonIndia, a annoncé que sa société venait de réaliser la plus importante émission de crédits carbone jamais obtenue par le biais de l'« altération améliorée des roches » (enhanced rock weathering). Selon lui, cette étape prouve que le procédé fonctionne à l’échelle industrielle.

Comment fonctionne l'altération améliorée des roches ?

Le principe consiste à broyer des roches volcaniques — riches en minéraux silicatés — en une fine poussière, puis à épandre celle-ci sur de grandes surfaces de sols agricoles ou naturels. Exposée aux précipitations et à l'humidité, la poudre rocheuse réagit chimiquement avec le dioxyde de carbone présent dans l’air. La réaction transforme le CO₂ en ions bicarbonate, qui s’écoulent ensuite vers les océans ou se stabilisent dans le sol sous forme de carbonates solides. Ce mécanisme imite et accélère un processus géologique naturel qui s’étend habituellement sur des millénaires.

Un marché du carbone en plein essor

L'émission de ces crédits carbone certifie que des tonnes de CO₂ ont été retirées de l’atmosphère et stockées de manière durable. AltCarbonIndia devient ainsi l’un des premiers acteurs à monétiser à grande échelle cette technique de géochimie. Le succès de cette première émission pourrait ouvrir la voie à un déploiement plus large de l’altération améliorée des roches, notamment dans les régions disposant de vastes surfaces agricoles et d’un accès à des roches basaltiques ou volcaniques.

Un enjeu climatique planétaire

Dans son annonce, Sparsh Agarwal a souligné que « l'ère de l'IA exige une élimination du dioxyde de carbone à l’échelle planétaire ». Le recours massif aux data centers, à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle et à la production de composants électroniques entraîne une consommation énergétique et des émissions croissantes. Les technologies de captage du CO₂, qu’elles soient mécaniques ou géochimiques, sont donc considérées comme des leviers indispensables pour atteindre la neutralité carbone.

Les limites et perspectives

Bien que prometteuse, la méthode de l’altération améliorée des roches reste débattue. Son efficacité dépend de nombreux paramètres : la nature des roches, le climat local, le type de sol, et le temps de réaction. Les crédits carbone ainsi générés doivent être vérifiés par des organismes indépendants pour garantir qu’ils représentent bien une capture réelle et permanente du CO₂. AltCarbonIndia affirme avoir franchi cette étape de certification pour sa première émission, mais les détails précis des volumes et des modalités de vérification n’ont pas été intégralement divulgués.

Une start-up qui monte

AltCarbonIndia, fondée par Sparsh Agarwal, se positionne comme un acteur clé des solutions fondées sur la nature et la géochimie pour le climat. En dehors de cette annonce, la société travaille également sur d’autres projets liés à l’agriculture régénérative et à la revitalisation des terres. Le succès de cette émission de crédits carbone pourrait lui permettre d’attirer de nouveaux investisseurs et de multiplier les projets d’altération rocheuse à travers l’Inde et au-delà.

Un signal pour le marché

Cette première mondiale d’émission massive de crédits issus de l’altération améliorée des roches envoie un signal fort aux acteurs du climat et de la finance carbone. Elle montre que des technologies jusqu’ici confinées aux laboratoires ou aux pilotes peuvent passer à l’échelle commerciale. Reste à savoir si les coûts de production de ces crédits — extraction, broyage, transport et épandage des roches — permettront de les rendre compétitifs face à d’autres méthodes de captage, comme la capture directe dans l’air (DAC) ou la reforestation.