Les crèches en Angleterre imposent des frais supplémentaires aux parents afin de compenser le sous-financement des heures de garde gratuites proposées par l'État, dénoncent des associations de défense des familles. Selon une enquête réalisée en mai et juin de l'année dernière, près des trois quarts des parents dont les enfants fréquentent une crèche déclarent devoir payer des prestations annexes, allant des couches et lingettes aux repas et aux frais d'inscription.
Le phénomène touche particulièrement les familles qui bénéficient du dispositif officiel de 30 heures hebdomadaires de garde gratuite pour les enfants âgés de neuf mois à quatre ans, réservé aux parents travaillant en Angleterre. Les associations estiment que le tarif horaire versé par l'État aux crèches est insuffisant pour couvrir le coût réel de l'accueil, ce qui pousse les établissements à réclamer des compléments.
La secrétaire d'État à l'Éducation, Bridget Phillipson, a annoncé avoir saisi l'autorité de la concurrence (Competition and Markets Authority) pour enquêter sur ces frais cachés. Dans une déclaration, elle a reconnu que « trop de parents » se voient réclamer des sommes supplémentaires pour obtenir une place financée, notamment sous forme de dépôts de garantie, d'options obligatoires ou d'heures complémentaires imposées.
Un « cross-subsidy » dénoncé par les associations
Le responsable de l'Early Years Alliance (Alliance pour la petite enfance), principale organisation représentant les structures d'accueil, a qualifié ces pratiques de « subvention croisée » : les parents qui utilisent les heures gratuites paieraient indirectement pour combler le manque à gagner des crèches. Selon lui, certaines familles déboursent plusieurs milliers de livres par an pour des consommables tels que la nourriture, les changes et les produits d'hygiène, alors que ces éléments devraient normalement être inclus dans le financement public.
L'enquête de l'autorité de la concurrence devrait examiner si ces frais additionnels sont transparents et proportionnés, et si les crèches respectent les règles du dispositif d'heures gratuites. Le gouvernement a également indiqué qu'il travaille à une révision des montants alloués aux crèches pour éviter que le déficit ne soit répercuté sur les familles.
Contexte de hausse des coûts
Le secteur de la petite enfance en Angleterre est confronté à une augmentation des charges : salaires du personnel, loyers, énergie et normes de sécurité. De nombreuses crèches affirment que le financement public n'a pas suivi l'inflation, ce qui les contraint à trouver des ressources complémentaires. Les associations de parents dénoncent un manque de transparence et appellent à une régulation plus stricte pour éviter que les familles les plus modestes ne soient exclues du dispositif.
Le gouvernement de Keir Starmer a fait de l'accès à la garde d'enfants une priorité, avec l'extension progressive des heures gratuites. Mais les critiques soulignent que sans un financement adéquat des structures, cette promesse risque de rester lettre morte pour de nombreux foyers.