Los Angeles, capitale mondiale du skateboard, regorge de spots légendaires : le plaza Jkwon, les sand gaps de Santa Monica, le palais de justice de West L.A. Pourtant, Conor Dougherty, un journaliste américain de 48 ans, ne fréquente aucun de ces hauts lieux. Depuis son installation dans la ville il y a quatre ans, c’est vers un parking de Costco qu’il se rend plusieurs matins par semaine.

L’attraction ? Une paire de bordures parallèles à double face, conçues à l’origine pour canaliser les chariots des clients. Ignorées des acheteurs pressés d’acquérir poulets rôtis et palettes de papier toilette, ces curbes sont devenues mondialement célèbres dans la communauté du skate. Leur image orne stickers, T-shirts et planches. Des skateurs du monde entier – certains venus d’Europe – effectuent le pèlerinage, mesurent les dimensions et les reproduisent chez eux. En janvier dernier, Nike a même sorti une édition limitée de chaussures de skate sous la marque Kirkland, un clin d’œil aux initiés.

Une communauté de quadras et quinquas

Ce qui distingue ce spot, ce n’est pas une architecture exceptionnelle, mais la faune qui le fréquente. Conor Dougherty note avoir 48 ans, soit l’âge médian des habitués du matin. “De temps en temps, je croise un gars dans la vingtaine ou la trentaine, mais l’ambiance générale est plus proche de l’AARP que de Maximum Rad”, écrit-il. Le groupe se retrouve autour d’un terrain à faible risque, dans un esprit de reconnexion à une époque où beaucoup se sentent seuls et déconnectés.

Le skate devient alors prétexte à une méditation plus profonde. Le sous-titre de l’article – “Nous allons tous mourir. Mais d’abord, encore une figure” – résume cette philosophie. L’auteur y explore la perte et l’acceptation de la mortalité, thèmes qui imprègnent les séances matinales. Les curbes, modestes mais parfaites pour des popover tricks (impossibles sur des trottoirs classiques), offrent un espace où l’on peut à la fois s’amuser et réfléchir au temps qui passe.

Un phénomène né de la viralité

Comment une simple bordure de parking est-elle devenue un spot international ? La réponse tient en un cercle vertueux : des skateurs de Los Angeles ont commencé à la fréquenter, les vidéos ont envahi les réseaux sociaux, attirant toujours plus de participants. Le nom “Costco curbs” est désormais reconnaissable par les skateurs du monde entier. La notoriété a même débouché sur des produits dérivés, preuve de l’aura du lieu.

Pour Conor Dougherty, cet endroit incarne une forme de résistance à l’isolement moderne. “À une époque où les gens sont seuls et déconnectés, le Costco où je skate est un lieu où une bande de quadragénaires et quinquagénaires se rassemblent autour d’un terrain à faible risque, renouant les liens”, confie-t-il. Les bordures deviennent ainsi le théâtre d’une expérience humaine universelle : apprivoiser la perte, une figure à la fois.