L'accès à un prêt immobilier ne dépend pas seulement de son apport ou de ses revenus. La profession de l'emprunteur joue un rôle décisif dans le calcul de la prime d'assurance de prêt. Dans l'émission Les Experts de l'immo du 27 mai, les spécialistes ont décrypté les métiers considérés comme « à risque » par les banques et les assureurs, et les conséquences pour les travailleurs concernés.

Quels sont les métiers considérés comme « à risque » ?

Les professions les plus souvent classées comme risquées sont celles qui exposent à des accidents physiques fréquents, à une forte usure du corps ou à une instabilité financière. Parmi elles, on retrouve les artisans, les ouvriers du BTP, les chauffeurs-livreurs, les agriculteurs, les pêcheurs, les militaires ou encore les sapeurs-pompiers. Les métiers indépendants, comme les commerçants ou les professions libérales, sont aussi fréquemment scrutés, non pour le danger physique, mais pour leur variabilité de revenus.

Les assureurs considèrent ces catégories comme plus susceptibles de générer des arrêts de travail, des invalidités ou des décès prématurés, ce qui augmente le coût de la garantie décès-invalidité (DI) pour l'emprunteur. Dans certains cas, l'assurance peut même être refusée par certaines compagnies.

Un surcoût parfois conséquent

Pour les professions jugées à haut risque, la surprime peut être significative. Un ouvrier du bâtiment de 30 ans pourrait payer une prime d'assurance 30 à 50 % plus élevée qu'un employé de bureau au même âge, selon les experts. Pour un artisan de 40 ans, la différence peut atteindre 60 %. Ce surcoût peut représenter plusieurs milliers d'euros sur la durée totale du prêt, voire compromettre l'acceptation du dossier par la banque si l'assurance n'est pas suffisamment couvrante.

Les experts soulignent toutefois que les tarifs varient fortement d'un assureur à l'autre. Il est donc essentiel de comparer les offres, d'autant que la loi Lemoine de 2022 permet de changer d'assurance de prêt à tout moment sans frais.

Quelles alternatives pour les travailleurs concernés ?

Les personnes exerçant un métier dit « à risque » ne sont pas condamnées à payer des primes excessives. Plusieurs stratégies existent pour obtenir une couverture adaptée à un prix raisonnable.

Tout d'abord, il est possible de souscrire une assurance auprès d'un assureur spécialisé dans les professions à risque, comme certaines mutuelles ou des courtiers dédiés. Ensuite, la délégation d'assurance permet de choisir un contrat individuel moins cher que l'assurance groupe proposée par la banque, même pour un métier risqué.

Par ailleurs, les experts conseillent de soigner la déclaration de son état de santé et de ses activités. Une déclaration imprécise ou incomplète pourrait entraîner un refus de garantie en cas de sinistre. Enfin, pour les travailleurs indépendants, la présentation de bilans comptables solides ou la constitution d'un apport personnel plus élevé peuvent rassurer la banque et réduire la perception du risque.

Des évolutions réglementaires favorables

Depuis l'entrée en vigueur de la loi Lemoine, les emprunteurs peuvent résilier leur contrat d'assurance de prêt à tout moment et sans frais, ce qui facilite la mise en concurrence. Cette loi a également renforcé le droit à l'oubli pour les anciens malades, mais ne supprime pas les surprimes liées à la profession.

Néanmoins, des associations de consommateurs réclament une meilleure transparence sur la tarification des assurances de prêt selon les métiers, estimant que certaines classifications manquent de justification actuarielle.

Que retenir ?

Si vous exercez un métier manuel, indépendant ou jugé dangereux, il est impératif d'anticiper le coût de l'assurance dans votre budget immobilier. La comparaison des offres et la délégation d'assurance restent les meilleures armes pour limiter le surcoût. Les experts de l'émission soulignent que la tendance est à une prise en compte plus fine des risques individuels, mais que la profession reste un critère discriminant important.