Le pape Léon XIV a présenté lundi une lettre ouverte de 42 300 mots adressée aux 1,4 milliard de catholiques du monde, appelant à des protections contre l'essor de l'intelligence artificielle. Pour symboliser le dialogue qu'il souhaite instaurer entre les mondes spirituel et technologique, le souverain pontife était accompagné de Christopher Olah, cofondateur de la société Anthropic, l'une des principales entreprises d'IA.
Mais pour Jeremy Nixon, figure influente de la scène effrénée de l'IA dans la baie de San Francisco, cette rencontre a surtout mis en lumière l'écart profond entre les deux univers. « Ils ne dialoguent pas, a-t-il affirmé lors d'un entretien à l'A.G.I. House. Leurs perspectives sont distinctes. » M. Nixon est l'un des fondateurs de cette « hacker house » de San Francisco, nommée en référence à la quête de « l'intelligence générale artificielle », une machine hypothétique capable de faire tout ce que le cerveau humain peut faire.
Un fossé entre humanisme et techno-spiritualité
Tandis que le pape insiste sur le fait que l'IA n'est fondamentalement pas humaine, les propos de M. Olah lors de l'événement vatican laissaient, selon M. Nixon, entendre le contraire. Ce dernier explique que la différence entre la vision humaniste des risques de l'IA et le rêve technologique de ce qu'elle pourrait devenir est au cœur même de la raison d'être de sa communauté. « C'est la raison pour laquelle la communauté existe, a-t-il déclaré. C'est son objectif sous-jacent. »
L'A.G.I. House, située dans le quartier de Twin Peaks à San Francisco, est un lieu de résidence et de travail pour de nombreuses personnes ayant contribué à créer les technologies d'IA que le pape critique dans son encyclique. Les résidents et visiteurs de cette maison partagent une conviction profonde que l'IA peut transcender les limitations humaines, une forme de spiritualité fondée sur la technologie plutôt que sur la religion.
Un appel pontifical sans écho dans la Silicon Valley
La lettre du pape Léon, qui succède à Benoît XVI après la renonciation de François, aborde la nécessité de réguler l'IA pour préserver la dignité humaine et éviter une substitution de l'homme par la machine. Mais dans les cercles technologiques de San Francisco, ces avertissements sont souvent accueillis avec scepticisme, voire indifférence. Les partisans de l'AGI considèrent que la poursuite d'une intelligence artificielle générale est inévitable et bénéfique, et que les inquiétudes morales traditionnelles sont soit exagérées, soit dépassées.
Jeremy Nixon, âgé de 33 ans, incarne cette attitude. Pour lui, l'éthique proposée par le Vatican ne tient pas compte de la réalité de la recherche en IA, où les frontières entre l'humain et la machine s'estompent déjà. Il voit dans l'A.G.I. House un laboratoire de réflexion sur ces questions, un lieu où la technologie et la spiritualité se rencontrent, mais pas sous la forme voulue par le pape.
Un dialogue de sourds ?
La participation de Christopher Olah à l'événement vatican laissait espérer un rapprochement entre l'Église et l'industrie de l'IA. Pourtant, les réactions à San Francisco suggèrent que les deux camps parlent des langues différentes. Là où le pape voit une menace existentielle pour l'humanité, les technologues voient une opportunité d'évolution et de dépassement. La divergence est profonde, et l'A.G.I. House en est l'épicentre symbolique.
Dans les prochains mois, alors que les régulateurs du monde entier examinent les implications de l'IA, le fossé entre les visions humaniste et technologiste risque de se creuser encore davantage. Pour l'instant, la communauté de San Francisco semble résolue à poursuivre sa quête, indifférente aux mises en garde venues du Vatican.