Le procès en appel des financements libyens, qui se tient à Paris, a été marqué mardi 26 mai par une intervention remarquée de l’avocat de Claude Guéant. Me Philippe Bouchez El Ghozi a prononcé une plaidoirie cinglante, estimant que son client avait été « sacrifié » par Nicolas Sarkozy. Selon l’avocat, Guéant, alors numéro deux du ministère de l’Intérieur puis secrétaire général de l’Élysée, n’aurait fait qu’appliquer les directives de son supérieur. « Le numéro 2 fait strictement ce que lui dit le numéro 1 », a-t-il lancé, en référence directe à l’ancien chef de l’État.
Des plaidoiries pour la relaxe
Au cours de cette journée d’audience, plusieurs avocats de la défense ont présenté leurs arguments. Jean-Yves Le Borgne, conseil d’Éric Woerth, a plaidé la relaxe pour son client, estimant que les charges retenues contre l’ancien ministre ne reposaient sur aucune preuve solide. De même, Florence Bourg, avocate de Brice Hortefeux, a demandé l’acquittement de l’ex-ministre de l’Intérieur, soulignant l’absence d’éléments démontrant sa participation à un éventuel pacte de corruption avec le régime libyen.
Un échange tendu entre Nicolas Sarkozy et l’avocat
Selon des témoins présents dans la salle d’audience, Nicolas Sarkozy, qui comparaît libre dans ce procès, s’est approché de Me Bouchez El Ghozi juste avant sa plaidoirie. L’ancien président aurait déplacé machinalement le micro posé devant l’avocat. Ce dernier l’aurait alors remis à sa place, sans échanger de paroles. Ce geste est perçu comme le signe de la tension qui règne entre les anciens collaborateurs depuis l’ouverture du procès.
Le contexte du procès
Ce procès en appel fait suite à la condamnation en première instance de plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Éric Woerth et Brice Hortefeux, pour des faits présumés de corruption, de trafic d’influence et de financement illégal de campagne électorale. L’affaire porte sur des soupçons de financement de la campagne présidentielle de 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi. Les avocats de la défense contestent la validité des preuves, notamment les témoignages d’anciens dignitaires libyens et les documents saisis.
Le sort de Claude Guéant en suspens
Claude Guéant, condamné en première instance à une peine de prison ferme, maintient qu’il n’a fait que suivre les instructions de Nicolas Sarkozy. Sa défense s’appuie sur la hiérarchie des pouvoirs au sein de l’exécutif, où le numéro deux ne peut que se conformer aux ordres du numéro un. « Je ne suis qu’un exécutant, j’applique les décisions du président », aurait-il répété lors de ses auditions.
Des réactions politiques
Les plaidoiries de mardi ont suscité des réactions dans les rangs politiques. Plusieurs observateurs jugent que la stratégie de défense de Claude Guéant pourrait affaiblir la position de Nicolas Sarkozy, en reportant la responsabilité sur lui. Toutefois, les avocats de l’ancien président devraient plaider dans les prochains jours, en contestant l’ensemble du dossier. Le verdict n’est pas attendu avant plusieurs semaines.