Alors que le baseball reste confidentiel au Royaume-Uni, ses expressions fleurissent dans la langue anglaise – un paradoxe que le journaliste Adrian Chiles analyse dans une tribune publiée le 27 mai 2026. Partant de son expérience personnelle de supporter solitaire des Tampa Bay Rays, il décrit la difficulté de partager au matin les émotions d’une nuit passée à regarder un match, qu’il s’agisse d’une défaite 6-1 à Baltimore ou d’une victoire arrachée en 13e manche. « Si mon équipe de football me déçoit, il y a beaucoup de gens avec qui en parler. Mais si j’ai veillé une partie de la nuit pour voir les Tampa Bay Rays perdre 6-1 contre les Orioles à Baltimore, le matin, je n’ai nulle part où porter mon désarroi », écrit Chiles.
Des métaphores venues du baseball Pourtant, le lexique du baseball est omniprésent dans le discours britannique : « throw a curveball » (lancer une balle courbe, pour dire « surprendre »), « hit a home run » (frapper un coup de circuit, pour « réussir brillamment »), « strike out » (éliminer le batteur, pour « échouer ») ou encore « step up to the plate » (s’approcher du marbre, pour « se préparer à agir ») sont couramment employés dans les réunions de travail, les éditoriaux politiques ou les conversations quotidiennes. Chiles relève ce paradoxe : « Si mon équipe de baseball me laisse tomber, il y a plein de gens à qui parler. Pareil si elle réussit à gagner. Mais si j’ai veillé une partie de la nuit pour voir les Tampa Bay Rays perdre 6-1 contre les Orioles à Baltimore, le matin, je n’ai nulle part où porter mon désarroi. »
Un amour solitaire L’auteur raconte que tout a commencé lors de vacances à St. Petersburg, en Floride, il y a quinze ans. Depuis, il suit assidûment son équipe, mais se heurte à l’indifférence quasi générale de ses compatriotes. « Chaque fois que je parle du baseball à un compatriote britannique, il me regarde comme si je lui avais lancé une courbe », ironise-t-il, jouant sur le double sens de l’expression. Il compare ce sentiment à celui d’un arbre qui tombe dans la forêt sans personne pour l’entendre : « Je sais que si les Rays ont renversé le score en 13e manche et qu’il n’y a personne avec qui partager la bonne nouvelle, cela donne vite l’impression que cela ne s’est peut-être jamais produit. »
Un paradoxe culturel Cette chronique met en lumière un fait sociolinguistique : malgré l’absence quasi totale de retransmissions et d’audience pour la Major League Baseball (MLB) au Royaume-Uni, les métaphores du baseball sont devenues des clichés ordinaires, y compris dans la presse et la politique britanniques. Aucune étude officielle ne quantifie cet usage, mais les expressions sont régulièrement employées par des responsables politiques et des commentateurs. L’article interroge cette persistance : « Pourquoi continuons-nous à parler le langage du baseball ? », questionne Chiles.
Un sport loin des radars Le Royaume-Uni ne compte quasiment aucune diffusion régulière de matchs de baseball en clair, et les taux d’audience pour les rares retransmissions sont négligeables. Le baseball n’appartient pas au paysage sportif britannique, dominé par le football, le rugby, le cricket et le tennis. Pourtant, l’influence culturelle américaine, via les films, séries et les médias, explique selon Chiles que ces termes aient pénétré le vocabulaire courant.
La réflexion d’un journaliste Adrian Chiles, connu pour ses chroniques dans la presse britannique, livre ici une analyse personnelle et documentée qui dépasse le simple récit de supporter. Il illustre comment un sport peut demeurer invisible tout en laissant une empreinte linguistique durable. Sa conclusion, teintée d’humour, est qu’il faut parfois accepter de vivre sa passion seul – mais que les mots, eux, voyagent bien mieux que les matchs.