Canberra engage une procédure judiciaire sans précédent
Le gouvernement australien a déposé une plainte contre le conglomérat américain 3M, lui demandant 2 milliards de dollars de dommages et intérêts. L’action en justice, rendue publique ce mois-ci, porte sur l’utilisation de substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), surnommées « polluants éternels », dans les mousses anti-incendie fabriquées par l’entreprise. Ces produits chimiques, particulièrement persistants dans l’environnement, sont accusés de contaminer les sols et les nappes phréatiques aux abords des bases militaires et des aéroports où ils ont été employés pendant des décennies.
Le gouvernement fédéral affirme que 3M connaissait depuis longtemps les risques liés aux PFAS, mais qu’elle a choisi de ne pas les divulguer aux autorités australiennes. Selon la plainte consultée par des médias internationaux, le groupe aurait continué à vendre ses mousses anti-incendie sans avertir de leur toxicité potentielle, alors que des études internes suggéraient déjà un lien avec divers cancers et troubles du développement.
Des dommages environnementaux et sanitaires étendus
L’Australie n’est pas le premier pays à se retourner contre les fabricants de PFAS. Plusieurs États américains, ainsi que des collectivités locales en Europe, ont déjà engagé des poursuites similaires. Toutefois, le montant réclamé par Canberra – 2 milliards de dollars australiens (environ 1,3 milliard d’euros) – est l’un des plus élevés jamais demandés dans ce type de contentieux.
L’action vise spécifiquement les mousses anti-incendie de la marque Light Water, produites par 3M et vendues notamment aux forces armées et aux services de sécurité civile australiens. Ces mousses étaient utilisées lors d’entraînements et d’interventions réelles sur les bases militaires, entraînant un déversement massif de PFAS dans l’environnement.
Les analyses officielles menées par les autorités sanitaires australiennes ont révélé des taux de contamination élevés dans les eaux souterraines de plusieurs régions, y compris à proximité de zones résidentielles. Des études épidémiologiques locales ont également suggéré une incidence anormalement élevée de certains cancers parmi les pompiers et les anciens militaires ayant été en contact avec ces mousses.
Les arguments de 3M
De son côté, 3M a fait savoir qu’elle contestait les allégations du gouvernement australien. Dans une déclaration liminaire, l’entreprise a rappelé qu’elle avait cessé la production de PFAS en 2020 et qu’elle s’efforçait de coopérer avec les autorités pour gérer la contamination historique. Le groupe estime que le montant réclamé est disproportionné et que la responsabilité doit être partagée avec d’autres acteurs, notamment les fabricants concurrents et les utilisateurs finaux.
Le procès devrait durer plusieurs années. Les experts juridestiment que l’issue de cette affaire pourrait établir un précédent important pour les litiges environnementaux en Australie et dans la région Asie-Pacifique.
Un scandale mondial qui grossit
Les PFAS sont une famille de plus de 4 700 substances chimiques utilisées depuis les années 1950 dans une multitude de produits, des revêtements antiadhésifs aux textiles imperméables. Leur caractère « éternel » tient à leur résistance extrême à la dégradation naturelle, ce qui les fait s’accumuler dans l’organisme humain et dans les écosystèmes.
L’affaire australienne s’inscrit dans un mouvement global de réclamation contre les grands groupes chimiques. Aux États-Unis, plusieurs milliers de plaintes ont été regroupées dans le cadre d’une procédure multidistrict, et 3M a déjà accepté de verser plus de 10 milliards de dollars pour régler des litiges avec des réseaux d’approvisionnement en eau potable.
Le gouvernement australien espère que cette action en justice obligera 3M à assumer les coûts de la dépollution des sites contaminés et à indemniser les personnes affectées. Il propose également de renforcer la réglementation sur les PFAS, en interdisant progressivement leur utilisation dans tous les produits de consommation courante.
Un tournant pour la santé publique
Cette plainte marque un tournant dans la prise de conscience des autorités australiennes face aux risques des substances chimiques persistantes. Le Premier ministre a déclaré que le gouvernement mettrait tout en œuvre pour protéger les citoyens et l’environnement. La procédure judiciaire en cours devrait attirer l’attention sur la nécessité d’un contrôle plus strict des produits chimiques industriels.
L’affaire est suivie de près par les associations de défense de l’environnement et les groupes de victimes, qui espèrent que la décision du tribunal australien encouragera d’autres pays à engager des poursuites similaires.