Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis accueillent un spectacle qui mêle tradition et urgence politique. « Badkeh(remix) », des chorégraphes Ata Khatab et Amir Sabra, est une recréation d’une pièce créée en 2013. Cette nouvelle version rassemble dix danseurs palestiniens autour de la dabkeh, une danse folklorique traditionnelle du Levant, que les artistes transforment en instrument de résistance face à l’occupation israélienne et au génocide en cours à Gaza.
Une danse de la terre et de la mémoire La dabkeh, littéralement « frapper du pied », est une danse collective exécutée lors des mariages et des fêtes, mais aussi dans les manifestations. En la portant sur une scène contemporaine, Khatab et Sabra en soulignent la dimension politique : elle incarne l’attachement à la terre palestinienne et la continuité d’une culture menacée. Les dix interprètes, par leurs mouvements synchrones et leurs pas martelés, évoquent à la fois la joie communautaire et la détermination face à l’adversité.
De 2013 à 2026 : un remix pour le temps présent Le « remix » du titre ne désigne pas seulement une version actualisée de la chorégraphie originale. Il traduit une réappropriation du répertoire traditionnel dans un contexte dramatique nouveau. Les chorégraphes ont travaillé avec des danseurs issus de différents horizons palestiniens, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la diaspora. La pièce mêle des éléments de dabkeh à des fragments de textes et d’images qui renvoient à la réalité de la guerre à Gaza.
Un parcours de création sous tension Pour les artistes, monter ce spectacle a représenté un défi logistique et émotionnel. Les répétitions ont dû s’adapter aux restrictions de déplacement imposées par l’occupation militaire, et plusieurs danseurs ont perdu des proches dans les bombardements. Sur scène, la danse devient un espace de recueillement et de protestation silencieuse. Les corps, liés par la même gestuelle, affirment une présence que rien ne peut effacer.
Prochaines dates au Rond-Point Après sa présentation à Saint-Denis, la pièce sera reprise à Paris, au théâtre du Rond-Point, à l’automne 2026. Cette programmation s’inscrit dans une saison qui accorde une large place aux artistes originaires du monde arabe. « Badkeh(remix) » y sera accompagnée de débats et de rencontres avec le public, afin de prolonger la réflexion sur le rôle de la danse dans les luttes contemporaines.