Le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, a adopté le 4 décembre un projet de loi visant à réduire la taxe sur le transport aérien. Si le Bundesrat (chambre haute) donne son feu vert, la baisse entrera en vigueur le 1er juillet et ramènera le niveau de la taxe à celui d’avant le dernier relèvement de mai 2024. L’objectif affiché est de soulager un secteur confronté à des coûts énergétiques élevés depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février.

Des baisses modestes mais un manque à gagner pour l’État

Selon le texte adopté, la taxe pour les vols domestiques, européens et les autres liaisons court-courrier passerait de 15,53 à 13,03 euros par passager. Pour les vols moyen-courrier (destinations situées entre 2 500 et 6 000 kilomètres), elle diminuerait de 39,34 à 33,01 euros. Enfin, pour les longs-courriers, le montant serait ramené de 70,83 à 59,43 euros. Au total, la réduction représente un allégement de 2,50 à 11,40 euros par vol, selon la distance. En contrepartie, les recettes fiscales annuelles de l’État fédéral devraient baisser d’environ 350 millions d’euros.

Des compagnies aériennes prudentes

Le porte-parole du groupe Lufthansa pour les affaires politiques et réglementaires, Kay Lindemann, a qualifié cette mesure de « signal positif » qui inverse la dernière hausse, mais sans constituer un « tournant ». Il a rappelé que la seule taxe aérienne ne représente qu’une partie du fardeau supporté par les transporteurs. « La charge fiscale totale a doublé en Allemagne depuis 2019, a-t-il souligné. Si nous imposons des taxes trop lourdes en Allemagne, nous perdrons des appareils au profit d’autres sites où les conditions d’affaires sont plus attractives, ce qui entraînera une perte de valeur économique. »

Lindemann a également évoqué la flambée du prix du kérosène, qui a déjà contraint Lufthansa à suspendre « environ 1 % de ses routes les moins rentables ».

Des experts sceptiques sur l’impact pour les voyageurs

Plusieurs analystes estiment que la baisse de la taxe ne se répercutera pas sur le prix des billets. Gerald Wissel, fondateur et directeur général du cabinet de conseil en aviation Airborne Consulting, basé à Hambourg, a déclaré : « L’État renonce à des recettes, mais les passagers ne verront rien de cette réduction. »

L’Association fédérale de l’industrie aéronautique allemande (BDL) a également exprimé des réserves. Dans un communiqué, elle juge que la baisse de la taxe « n’est pas suffisante pour compenser les désavantages concurrentiels résultant des coûts imposés par l’État par rapport à d’autres pays européens ». L’industrie fait face à un double handicap : des charges publiques élevées et une hausse des dépenses énergétiques.

Un secteur encore convalescent

Les données de l’Office fédéral de la statistique (Destatis) montrent que 84 millions de passagers soumis à la taxe aérienne ont voyagé en Allemagne en 2024 – un chiffre en forte hausse par rapport aux 62 millions de 2022, mais encore inférieur aux 96 millions de 2019. Cependant, les recettes de la taxe, elles, ont plus que retrouvé leur niveau d’avant-crise. Le produit de la taxe a quasiment doublé depuis son introduction en 2011, passant de 963 millions à 2,1 milliards d’euros l’an dernier.

Un outil fiscal devenu incontournable

Frank Fichert, expert en tourisme et transports à l’université des sciences appliquées de Worms, observe que « les taxes aériennes sont devenues un élément fixe de la planification budgétaire non seulement en Allemagne, mais dans toute l’Europe ». Les recettes alimentent généralement les caisses nationales. Une baisse est donc possible, mais elle doit être « compensée ailleurs », ce qui s’annonce difficile compte tenu des finances publiques tendues.

Conclusion : des effets incertains sur le prix des billets

La décision du Bundestag ouvre la voie à un allègement de la fiscalité aérienne, mais les experts divergent sur ses conséquences réelles pour les consommateurs. Si certains saluent un signal positif pour les compagnies, d’autres doutent que la baisse se matérialise dans le portefeuille des voyageurs, d’autant que les coûts du kérosène et les charges structurelles pèsent lourdement sur le secteur. Le vote du Bundesrat est attendu dans les prochaines semaines.