Les grandes banques d'affaires mondiales traversent une période faste qui tranche avec la décennie d'effacement dont elles ont souffert depuis la crise financière de 2008. Entre profits commerciaux record, bonus au plus haut et une activité de fusions-acquisitions qui atteint son deuxième rythme le plus rapide en dix ans, l'année 2026 s'annonce comme un cru exceptionnel pour le secteur.

Des indicateurs au vert

Les revenus tirés des activités de trading s'établissent à des niveaux historiques, et les employés en perçoivent les bénéfices sous forme de bonus sans précédent. Parallèlement, les opérations de fusion, acquisition et autres montages financiers génèrent des milliards de dollars de commissions. Selon des analystes d'une grande banque, "les astres s'alignent pour les banques d'une manière qui n'avait pas été observée depuis plusieurs décennies".

Un vent de dérégulation

Ce renouveau s'explique en grande partie par le changement de cap réglementaire opéré par l'administration en place. Alors que les banques avaient été maintenues pendant près de deux décennies dans un "corset" réglementaire, selon les termes d'un banquier, la nouvelle donne leur offre davantage de marges de manœuvre pour se développer et prendre des risques. Ce mouvement de réforme facilite l'expansion et l'innovation dans un secteur longtemps bridé après la crise des subprimes.

Le capital-investissement en perte de vitesse

Ce retour en grâce des banques coïncide avec un revers pour le capital-investissement (private equity) et le crédit privé (private credit), qui avaient trusté les plus gros salaires de Wall Street depuis 2008. Ces firmes, habituées à réaliser des investissements très risqués en promettant des rendements élevés, peinent désormais à lever des fonds. Leurs performances financières sont jugées décevantes par les investisseurs. Le dirigeant d'un grand fonds de capital-investissement, lors d'une récente conférence à Los Angeles, a comparé l'ambiance du secteur, non sans hyperbole, aux « derniers jours de Sodome et Gomorrhe ».

Un contexte économique contrasté

La conjoncture mondiale reste pourtant difficile : plusieurs compagnies aériennes ont fait faillite, le trafic maritime international est perturbé par le blocus d'un détroit stratégique au Moyen-Orient, l'inflation repart à la hausse et l'intelligence artificielle bouleverse en profondeur des pans entiers de l'industrie. Dans cet environnement instable, les banques apparaissent comme un îlot de stabilité et de rentabilité.

L'exemple de Citizens Bank

Parmi les institutions qui incarnent ce renouveau, la banque Citizens Bank, autrefois modeste établissement basé à Providence (Rhode Island), s'est lancée dans une expansion rapide. Son cours de Bourse a bondi de plus de 50 % en un an, illustrant la confiance des marchés dans les perspectives du secteur bancaire traditionnel.

Une redistribution des cartes à Wall Street

Le retour des banques au premier plan marque un basculement dans l'écosystème financier. Pendant près de deux décennies, les fonds de capital-investissement et les hedge funds avaient attiré les meilleurs talents et les plus gros capitaux. Aujourd'hui, le vent tourne. Les banques, fortes de leur accès aux dépôts, de leurs réseaux de clients et de leur capacité à financer des opérations complexes, reprennent l'avantage. La question est de savoir si ce nouvel âge d'or sera durable ou si les vents contraires de l'économie mondiale, des tensions géopolitiques et des mutations technologiques viendront rapidement le ternir.