Une consommation majoritairement invisible

L’Arcep a dévoilé le 21 mai 2026 sa cinquième enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », portant sur les données de l’année 2024. L’étude a examiné 36 modèles de box internet, 21 décodeurs et 12 répéteurs Wi-Fi commercialisés en France. Le principal enseignement est frappant : en moyenne, une box consomme 9,1 watts quand aucun appareil n’y est connecté et qu’aucun trafic ne transite. En comparaison, le lancement d’un film en streaming 1080p n’ajoute que 0,1 à 1,2 watt à cette consommation de base. Autrement dit, près de 90% de l’énergie utilisée par une box l’est pendant les périodes d’inactivité.

De 3,3 à 25 watts selon les modèles

L’enquête met en lumière des disparités importantes entre les équipements. La consommation au repos varie de 3,3 watts pour les modèles les plus sobres à 25 watts pour les plus énergivores, soit un rapport de 1 à 8. Les box dotées d’un disque dur interne sont particulièrement concernées : elles atteignent 19,4 watts en moyenne, le disque tournant en continu même sans sollicitation. Les box fibre avec un boîtier ONT séparé affichent 11,3 watts. Côté décodeurs, la fourchette est encore plus large : de 0,2 watt pour le plus sobre à 15,4 watts pour le plus gourmand (facteur 80). Les modèles antérieurs à 2020 consomment en moyenne 6,5 watts en veille, contre 2,9 watts pour les modèles plus récents.

3,4 TWh pour le parc français

Mis bout à bout, l’ensemble des box et décodeurs en service en France a consommé 3,4 térawattheures (TWh) en 2024, soit 0,7% de la consommation électrique nationale. Pour un foyer, une box de 10 watts représente environ 87 kWh par an, soit une vingtaine d’euros sur la facture. En ajoutant le décodeur et la télévision en veille, la dépense annuelle peut approcher 70 euros.

Des solutions techniques et réglementaires

Plusieurs opérateurs ont déjà pris des mesures. Free, Bouygues Telecom et Orange proposent désormais un mode veille profonde ainsi qu’une programmation horaire du Wi-Fi. Couper le Wi-Fi la nuit permet de réduire la consommation de près de 19%. La solution la plus radicale reste la multiprive avec interrupteur : débrancher le bloc d’alimentation ramène la consommation à 0,1 watt.

Sur le plan réglementaire, le règlement européen 2023/826, en vigueur depuis mai 2025, plafonne la veille réseau des équipements à 8 watts. Ce seuil sera abaissé à 7 watts en mai 2027. Les box les plus énergivores du parc se trouvent donc déjà en situation de non-conformité potentielle. La Commission européenne estime que ces règles permettront d’économiser 32,5 TWh par an d’ici 2030 et d’éviter l’émission de 4,6 millions de tonnes de CO₂.