Le dernier film de John Woo, « Bullet in the Head », ressorti récemment sur les écrans, déconcerte par son titre qui pourrait laisser attendre un assassinat ciblé et froid. En réalité, le spectateur assiste à un spectacle gonzo débordant d’innombrables balles et d’innombrables têtes. Cette œuvre de 1990 est à la fois un thriller criminel, un film d’action guerrier situé au Vietnam, et quelque chose de bien différent du point de vue hollywoodien habituel : une parabole de la cupidité comparable à « Le Trésor de la Sierra Madre », et même une sorte de mélodrame romantique.

Une balle dans la tête comme symbole

Il y a pourtant une balle clé dans une tête – une balle littéralement logée dans le crâne d’un personnage qui survit de manière macabre et zombie, symbole de la façon dont la violence s’enracine dans le cerveau et déshumanise sa victime. La scène finale, dans une « salle de conseil », dévoile cette image d’une folie et d’une étrangeté saisissantes. Comme dans nombre de ses films, Woo utilise de manière contre-intuitive une musique triste – harmonica, bois – sur des séquences d’action brutales, comme pour faire ressentir au public non pas la violence ou le choc, mais sa futilité poignante et pathétique.

Un cadre initial à Hong Kong

L’histoire commence à Hong Kong, dans les années 1960, avec trois jeunes amis d’enfance : l’impulsif Ben (Tony Leung Chiu-wai), le prudent Frank (Jacky Cheung) et le voyou Paul (Waise Lee). Leur amitié est mise à l’épreuve lorsqu’ils sont mêlés à un meurtre accidentel et s’enfuient au Vietnam, alors en pleine guerre. Ils atterrissent à Saïgon, une ville en proie à un chaos criminel, où ils se livrent à des trafics. Le film bascule alors dans un tourbillon de trahisons, de violence et de survie.

Une fresque épique et mélodramatique

Woo déploie un sens de l’épopée, avec des scènes d’action d’une ampleur rare, mais aussi des moments de mélodrame intense. Les performances des acteurs – notamment Tony Leung, dont le jeu émotionnel porte le film – ajoutent une épaisseur tragique à ce récit de loyauté et de corruption. La photographie, saturée de couleurs vives, renforce l’atmosphère de cauchemar fiévreux. Le film ne craint pas les excès, assumant une outrance qui devient sa signature.

Un regard différent sur la guerre du Vietnam

« Bullet in the Head » offre un regard non américain sur le conflit vietnamien, loin des récits de soldats occidentaux. Il montre les effets dévastateurs de la guerre sur des civils et des réfugiés, et la façon dont la violence engendre une spirale de cupidité et de destruction. Le film a été censuré à sa sortie pour sa violence extrême, mais il est aujourd’hui reconnu comme un chef-d’œuvre du cinéma d’action et un témoignage de la virtuosité de John Woo.