Toujours à gauche, le cœur, et le foie systématiquement à droite ? Trop banal. Parfois, dans l'intimité de nos corps, tout se bouscule allègrement. Ces situations où des organes thoraciques ou abdominaux sont inversés, bien que peu fréquentes (une naissance sur 10 000), existent bel et bien. Les personnes concernées sont considérées par les médecins comme présentant un « situs inversus », plus ou moins « totalis » selon le nombre d'organes impliqués, tandis que la majorité des individus, chez qui tout est bien en place, sont appelés des « situs solitus ».
Une anomalie sans conséquence sur la vie quotidienne
Ces mélis-mélos corporels pour le moins étranges sont liés à des anomalies de gènes impliqués dans le développement de l'asymétrie droite-gauche, qui se met en place durant la vie embryonnaire. Bonne nouvelle : dans un tel corps réorganisé différemment et dit « en miroir », la vie se déroule tout à fait normalement et sans aucune altération de la qualité de vie. Bien que les organes soient plus ou moins inversés et en tout cas pas à leur place a priori idéale, leur fonctionnement ne s'en retrouve pas impacté, cette anomalie de latéralité n'entraînant aucune complication. De nombreuses personnes vivent parfois même toute leur vie sans savoir qu'elles présentent une ou plusieurs de ces bizarreries anatomiques, leur découverte s'effectuant le plus souvent fortuitement, lors de la réalisation d'examens médicaux. Ce fut le cas de l'actrice américaine Catherine O'Hara, qui avait pris connaissance de son originalité lors d'une radio prescrite pour un dépistage de la tuberculose une vingtaine d'années avant sa mort.
Un défi de taille pour les chirurgiens
Mais au bloc opératoire, et dans le contexte urgent d'une greffe, la situation peut s'avérer nettement plus complexe. Imaginez alors le casse-tête auquel se retrouvent confrontés les chirurgiens, tous les repères anatomiques connus étant plus que perturbés. En 2023, le hasard avait voulu que deux patients, tous deux atteints de « situs inversus », aient, à quelques jours d'intervalle, chacun besoin de greffes de poumons complexes qui avaient été réalisées par la même équipe basée à Chicago.
Plus récemment, c'est en France que le groupe d'Eya Ben Nejma, du département de chirurgie digestive et hépatobiliaire du CHU de Rennes, a dû faire preuve d'une incroyable ingéniosité. Un homme de 50 ans était en attente de greffe d'un foie et d'un rein. Or, c'est chez une donneuse atteinte de « situs inversus totalis » que les deux organes compatibles ont été prélevés. L'option du « situs solitus » n'a pas découragé les greffeurs qui, pendant l'intervention, ont même dû innover et retourner le foie à 180 degrés sur lui-même pour le transplanter à l'envers. Ce cas illustre la capacité d'adaptation des équipes médicales face à des anatomies hors norme.
Un seul conseil : le dire avant
Si vous vous savez concerné par cette anomalie, il est recommandé de le signaler aux médecins. En cas de crise d'appendicite par exemple, cela pourrait vous aider à éviter un diagnostic erroné ou une intervention complexe.