La Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé avoir assigné Canal+ en justice pour discrimination. L'action fait suite aux propos du président du directoire de Canal+, Maxime Saada, qui avait déclaré ne plus souhaiter travailler avec les signataires d'une tribune critique envers l'homme d'affaires Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe.
« Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste », avait lancé Maxime Saada dimanche précédent, en marge du festival de Cannes, suscitant une vive polémique dans le milieu du cinéma. La direction de Canal+, sollicitée, n'a pas souhaité réagir à l'annonce de l'assignation.
Une assignation au civil
Dans l'assignation déposée devant le tribunal judiciaire de Nanterre, la LDH et la CGT Spectacle estiment que « les propos de Maxime Saada sont susceptibles de porter atteinte à l'exercice effectif de leur liberté d'expression, en créant un climat dissuasif propre à décourager toute prise de parole critique au sein du secteur audiovisuel et culturel ». Les demandeurs demandent au tribunal d'« enjoindre à la société Canal+ de s'abstenir de toute mesure d'exclusion, de refus de collaboration, de discrimination à l'encontre des signataires de la tribune ».
Me Arié Alimi, avocat des deux organisations, a déclaré : « Il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l'œuvre réactionnaire du groupe Bolloré. L'action judiciaire est l'un des tremplins nécessaires à cette révolte. »
La tribune et ses signataires
La tribune, qui dénonce « l'emprise de l'extrême droite » sur le cinéma à travers Vincent Bolloré, avait initialement réuni 600 signataires. Ses auteurs revendiquaient jeudi plus de 3 800 signatures sur Instagram. Parmi les personnalités ayant apporté leur soutien figurent l'acteur espagnol Javier Bardem, le réalisateur britannique Ken Loach et l'acteur américain Mark Ruffalo.
Le rôle clé de Canal+ dans le cinéma
Le texte rappelle l'importance de Canal+ dans la production et la distribution cinématographique en France. Le groupe s'est engagé à investir 160 millions d'euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, après 150 millions en 2025, un montant en baisse par rapport aux 220 millions investis les années précédentes. Canal+ intervient à toutes les étapes de la vie d'un film, du préfinancement à l'exploitation en salle. En septembre dernier, le groupe a acquis 34 % du capital d'UGC, un réseau de salles qu'il espère contrôler entièrement à partir de 2028.
L'issue de cette action en justice pourrait avoir des répercussions sur les relations entre le groupe audiovisuel et les professionnels du cinéma signataires de la tribune.