Des travailleurs exposés à des températures records sans protection suffisante
À Pantin, en Seine-Saint-Denis, les ouvriers d’un chantier confié à l’entreprise de travaux publics Sobeca pour le compte d’Enedis dénoncent leurs conditions de travail en période de forte chaleur. Chargés de l’enfouissement du réseau électrique haute tension, ces salariés témoignent d’une exposition prolongée au soleil et à la chaleur, sans que des mesures de prévention efficaces aient été mises en place par leur employeur. Alors que le mois de mai a connu des températures historiquement élevées, les ouvriers rapportent ne pas disposer d’un accès régulier à l’eau potable ni de pauses suffisantes pour se mettre à l’ombre. Certains évoquent des signes de fatigue et de déshydratation, sans que la direction du chantier n’adapte l’organisation du travail.
L’absence de mesures concrètes dénoncée par les salariés
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, aucune consigne spécifique liée à la canicule n’a été communiquée aux équipes. Les ouvriers indiquent devoir travailler en plein soleil, sans possibilité de se protéger sous un abri temporaire. L’un d’eux explique devoir parcourir plusieurs centaines de mètres pour trouver un point d’eau, ce qui réduit de fait le temps de repos réel. Les salariés déplorent également l’absence de brumisateurs ou de dispositifs de refroidissement sur le site. La direction de Sobeca, interrogée, n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes. Enedis, maître d’ouvrage, n’a pas non plus communiqué sur le sujet.
Un cadre réglementaire peu contraignant
En France, le Code du travail prévoit que l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé des travailleurs en cas de conditions climatiques extrêmes. En cas de canicule, il est recommandé de fournir de l’eau fraîche en quantité suffisante, d’aménager des zones d’ombre et de permettre des pauses plus fréquentes. Cependant, aucune obligation légale précise n’impose un arrêt du travail au-delà d’un certain seuil de température, contrairement à d’autres pays européens. Les syndicats de salariés rappellent régulièrement que les travailleurs du bâtiment et des travaux publics sont particulièrement exposés aux risques liés à la chaleur, notamment les coups de chaleur et les troubles cardiovasculaires. Dans le cas de ce chantier, les ouvriers estiment que les prescriptions minimales ne sont pas respectées.
Un conflit latent sur les conditions de travail
Ce n’est pas la première fois que des tensions apparaissent sur ce chantier de Pantin. Les syndicats locaux pointent depuis plusieurs mois des horaires jugés trop rigides et un manque de considération pour la pénibilité des tâches. La situation s’est aggravée avec l’arrivée des fortes chaleurs. Les ouvriers ont décidé de rendre publique leur situation en espérant une prise de conscience de la part des donneurs d’ordre. Ils demandent notamment l’installation de fontaines d’eau sur le chantier, la mise à disposition d’un local climatisé pour les pauses, et l’aménagement d’horaires décalés pour éviter les heures les plus chaudes.
Des risques sanitaires bien documentés
Selon les données de l’Assurance maladie, les accidents du travail liés à la chaleur augmentent significativement lors des épisodes caniculaires. Le secteur du BTP est le plus touché, avec un nombre de déclarations multiplié par deux ou trois lors des vagues de chaleur. Les symptômes les plus fréquents sont les crampes, l’épuisement et, dans les cas les plus graves, le coup de chaleur qui peut entraîner une défaillance multiviscérale. Les spécialistes de la santé au travail recommandent de limiter les efforts physiques intenses entre 12 heures et 16 heures, de boire régulièrement et de porter des vêtements légers et clairs. Sur le chantier de Pantin, les ouvriers affirment n’avoir reçu aucune consigne de ce type.