« On se sent complètement abandonnés. » Dans son logement social à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Michelle Audrin, 67 ans, répète chaque matin les mêmes gestes : pulvériser le sol de son balcon, ouvrir grand la fenêtre, tenter de faire face à la chaleur qui s’installe dès les premiers jours de mai. Sa passoire thermique, comme elle la décrit, ne lui offre aucun répit. Face à cette situation, elle a décidé d’attaquer l’État en justice pour dénoncer ce qu’elle considère comme une absence d’adaptation des logements au changement climatique.

Un quotidien devenu insupportable Pour Michelle Audrin, la canicule n’est plus un phénomène exceptionnel. Elle est devenue une épreuve répétée, rendue plus éprouvante encore par la vétusté de son appartement. Les fortes chaleurs de mai, qui surviennent de plus en plus tôt dans l’année, transforment son logement en fournaise. « Dans les logements sociaux, on cuit dans l’indifférence », résume-t-elle. Retraitée, elle ne peut ni financer des travaux d’isolation ni s’offrir un climatiseur. Elle se sent « oubliée » par les pouvoirs publics, qui n’ont selon elle pas pris la mesure de l’urgence dans le parc social.

Une action en justice contre l’État Pour obtenir gain de cause, Michelle Audrin a choisi la voie judiciaire. Elle attaque l’État, estimant que ce dernier ne remplit pas son obligation de protéger les citoyens face aux risques climatiques. Son action vise à dénoncer la mal-adaptation des logements – en particulier ceux du parc social – au réchauffement global. Son avocat, qui porte cette affaire, entend démontrer que les pouvoirs publics n’ont pas pris les mesures structurelles nécessaires pour garantir des conditions de vie décentes durant les épisodes de canicule, pourtant annoncés comme plus fréquents et plus intenses par les scientifiques.

Un phénomène qui dépasse le cas individuel Le combat de cette locataire d’Aubervilliers s’inscrit dans un constat plus large. En Seine-Saint-Denis comme dans d’autres départements, des milliers de ménages vivent dans des logements mal isolés, où la chaleur devient un danger sanitaire dès que le mercure grimpe. Des études pointent régulièrement le retard de l’Hexagone en matière d’adaptation des bâtiments au changement climatique. Alors que les pouvoirs publics multiplient les appels à la vigilance lors des canicules, les habitants des passoires thermiques dénoncent un manque d’investissement dans la rénovation énergétique et thermique du parc social. Michelle Audrin espère que son action en justice fera jurisprudence et obligera l’État à agir concrètement.