Une analyse qui tranche avec l’optimisme passé
Dans une interview publiée récemment, Cheong Seong-chang, expert de premier plan sur la Corée du Nord, affirme que Kim Jong-un n’aurait plus d’intérêt à rencontrer Donald Trump. Selon lui, le dirigeant nord-coréen aurait déjà obtenu ce qu’il souhaitait de l’ancien président américain : une légitimité internationale par le biais de sommets historiques, sans avoir à concéder de désarmement substantiel. « Kim Jong-un n’a plus besoin de rencontrer Donald Trump », résume-t-il, estimant que le leader nord-coréen a exploité au maximum le précédent cycle de diplomatie.
Les raisons d’un changement de calcul
L’analyse de Cheong Seong-chang repose sur plusieurs éléments. D’une part, la Corée du Nord a considérablement renforcé son arsenal nucléaire et balistique depuis l’échec du sommet de Hanoï en 2019, ce qui lui confère une position de force. D’autre part, l’état des relations intercoréennes s’est gravement dégradé, Pyongyang ayant rompu tout dialogue et détruit le bureau de liaison commun en 2020. Enfin, la conjoncture internationale – avec la guerre en Ukraine et la rivalité sino-américaine – offrirait à Kim Jong-un une fenêtre d’opportunité pour consolider son régime sans concessions.
Une fenêtre diplomatique refermée
L’expert souligne que le contexte de 2025 est radicalement différent de celui de 2018-2019. À l’époque, Kim Jong-un avait besoin d’une rencontre au sommet pour briser son isolement et obtenir des allègements de sanctions. Aujourd’hui, estime Cheong Seong-chang, la Corée du Nord a déjà acquis une reconnaissance de facto comme puissance nucléaire via ses essais et tirs de missiles – y compris des engins intercontinentaux – et n’a plus à prouver sa capacité de nuisance. « La fenêtre d’opportunité pour un accord s’est refermée », explique-t-il.
La portée pour les relations américano-nord-coréennes
Cette analyse a des implications pour la politique étrangère américaine, alors que des voix s’élèvent pour relancer le dialogue avec Pyongyang. Cheong Seong-chang met en garde contre une approche qui consisterait à reproduire les schémas de 2018 : « La Corée du Nord ne reviendra pas à la table des négociations sans avoir obtenu au préalable des concessions majeures, notamment la levée des sanctions. » Il estime que toute administration américaine, qu’elle soit démocrate ou républicaine, devra faire face à une Corée du Nord plus confiante et plus exigeante.
Des perspectives sombres pour la péninsule
En conclusion, Cheong Seong-chang dresse un tableau pessimiste pour la péninsule coréenne. La Corée du Nord, selon lui, poursuivra le développement de ses capacités nucléaires et balistiques, renforcera sa coopération avec la Chine et la Russie, et continuera de refuser toute négociation sur un désarmement. La Corée du Sud et les États-Unis, de leur côté, devraient maintenir une posture de dissuasion. L’auteur prévoit ainsi une période prolongée de tensions sans perspective de dialogue de haut niveau.
Un expert reconnu
Cheong Seong-chang est un analyste influent, souvent cité dans les médias sud-coréens et internationaux pour ses travaux sur le régime nord-coréen. Ses prises de position, parfois controversées, sont suivies de près par les chancelleries occidentales et asiatiques.