Des vidéos d'entraînement massif

Depuis le début du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran le 28 février 2026, les Gardiens de la révolution (IRGC) multiplient les efforts pour renforcer leurs capacités de défense antiaérienne. Des documents et vidéos consultés montrent que, dès avril 2026, la hiérarchie iranienne a commencé à diffuser des formations destinées aux membres de la milice paramilitaire Bassidj sur le maniement des missiles sol-air portables, appelés MANPADS. Ces contenus, largement partagés sur les réseaux sociaux, expliquent notamment comment viser et abattre un avion de combat de type F-18.

Cette formation de masse intervient alors que les forces iraniennes ont déjà démontré l'efficacité de ces armes légères et mobiles face à l'aviation américano-israélienne. Selon un rapport du Congressional Research Service (CRS) publié le 13 mai 2026, au moins 42 appareils américains ont été détruits ou endommagés depuis le début des opérations. Le rapport attribue une partie significative de ces pertes aux tirs de MANPADS ou de systèmes sol-air de courte portée, qui ont abîmé ou abattu un F-15, un F-18 et un MC-130.

Des armes « dangereuses et surprises »

Les MANPADS sont des missiles guidés légers utilisables par un seul soldat. Contrairement aux systèmes radar, ils ne nécessitent pas de détection électronique et ne dégagent aucun signal, ce qui les rend très difficiles à repérer. Farzin Nadimi, expert militaire au Washington Institute for Near East Policy, souligne leur caractère redoutable : « Les MANPADS peuvent constituer des armes de surprise dangereuses pour les aéronefs. Ils sont mobiles, utilisent un guidage infrarouge et n'émettent aucun signal. Ils peuvent donc être complètement dissimulés et prêts à tirer. »

L'expert précise que ces missiles verrouillent d'abord la chaleur du moteur de l'appareil, mais que les versions plus avancées peuvent aussi détecter la friction générée par le flux d'air sur le fuselage. « Ils peuvent exploser à proximité de l'avion, ce qui signifie que même sans impact direct, ils peuvent endommager leur cible », ajoute-t-il. L'expérience de la guerre en Ukraine a montré que ces systèmes peuvent même interférer avec les missiles de croisière, au point que la Russie a dû équiper ses missiles de leurres thermiques.

Des succès opérationnels avérés

Plusieurs vidéos enregistrées pendant le conflit montrent des soldats iraniens utilisant efficacement ces armes. Le 25 mars 2026, un F-18 américain a été endommagé dans le sud de l'Iran par un tir de MANPADS. L'appareil a pu se poser malgré les dégâts, mais une séquence vidéo diffusée sur Telegram montre le missile heurtant la queue de l'avion, provoquant le détachement d'une petite partie de l'empennage.

Le 3 avril 2026, un F-15 a été abattu par un missile porté, comme l'a reconnu le président américain Donald Trump. Lors de la mission de sauvetage des pilotes, les forces iraniennes affirment avoir touché au moins un MC-130 et un A-10 Warthog, possiblement avec des MANPADS. L'équipage du F-15 a toutefois été récupéré par l'armée américaine.

Dans le centre de l'Iran, à Ispahan, la télévision d'État a diffusé un documentaire expliquant comment un MANPADS aurait touché un avion américain entre le 6 et le 8 avril. Ces images viennent renforcer la démonstration de force des Gardiens de la révolution.

Une dissémination politique et militaire

Les autorités iraniennes ne se contentent pas de former les miliciens. Le 24 avril 2026, à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, un rassemblement pro-régime organisé par l'IRGC a vu défiler des missiles MANPADS de fabrication iranienne et russe, exposés dans les rues. Cette mise en scène souligne la volonté de Téhéran de montrer sa capacité à déployer massivement ces armes sur l'ensemble du territoire.

Selon les experts, les MANPADS sont peu coûteux, faciles à fabriquer et à utiliser. Leur portée est limitée (entre 5 et 10 kilomètres) et leurs ogives (1 à 3 kg) ne suffisent pas toujours à détruire un avion, mais leur nombre et leur discrétion en font une menace croissante pour les frappes aériennes étrangères. Avec l'entraînement des Bassidj, l'Iran pourrait considérablement accroître la densité de sa couverture antiaérienne dans les semaines à venir, rendant toute nouvelle campagne aérienne plus risquée.