Dans un article technique publié en mai 2026, l'ingénieur Casey Handmer explore la construction d'un lanceur électromagnétique (mass driver) sur la Lune, une infrastructure destinée à propulser des matériaux lunaires vers l'orbite sans recourir à des fusées. L'idée, popularisée par des œuvres de science-fiction comme The Moon is a Harsh Mistress de Robert Heinlein, est remise au goût du jour par les récentes déclarations d'Elon Musk, qui évoque depuis fin 2025 la possibilité de lancer des composants pour des fermes de calcul orbitales (AI compute) depuis des usines lunaires.

Pourquoi un lanceur lunaire ?

Handmer rappelle que le problème fondamental de l'exploitation spatiale est le coût élevé de l'accès à l'espace. Avec le lanceur Starship, SpaceX promet un coût de lancement en orbite basse (LEO) d'environ 100 dollars par kilogramme. Pour les charges utiles destinées à l'IA spatiale, le coût du lancement ne représenterait que 5 % du coût total de déploiement d'un satellite, rendant le lanceur lunaire peu pertinent pour réduire les coûts immédiats.

Cependant, Handmer envisage un scénario futur où la demande mondiale de puissance de calcul deviendrait si massive que les lancements depuis la Terre seraient limités par la capacité de production et non par le coût. Il estime qu'un Starship peut livrer environ 15 MW d'énergie solaire en orbite. Si la production mondiale de panneaux solaires (1 TW par an) était entièrement dédiée à l'espace, il faudrait 67 000 lancements annuels pour la mettre en orbite, soit un toutes les huit minutes. Ce volume, bien qu'énorme, reste inférieur au trafic aérien mondial (100 000 vols commerciaux par jour) et ne nécessiterait que quelques dizaines de pas de tir et une flotte de dix boosters. La consommation de pétrole pour ces lancements (10 000 barils par lancement) représenterait moins d'une semaine de la production mondiale actuelle.

Le rôle du lanceur lunaire

Le lanceur lunaire deviendrait pertinent pour dépasser cette échelle terrestre. Dans son modèle, Handmer imagine un lanceur capable d'envoyer 10 millions de tonnes de roches lunaires par an, soit une tonne toutes les trois secondes. Cette masse serait ensuite traitée dans l'espace à l'aide de l'énergie solaire abondante, ou bien les roches seraient pré-traitées sur la Lune pour en extraire les métaux, voire transformées en produits finis. Blue Origin a déjà démontré un procédé de conversion du régolithe lunaire en panneau solaire fonctionnel, mais le rendement énergétique de ce procédé reste flou.

Défis techniques

L'environnement lunaire pose des contraintes sévères. La nuit lunaire dure 14 jours terrestres, suivie de 14 jours de soleil continu. Toute infrastructure énergivore nécessiterait soit de très grands réacteurs nucléaires près des pôles, pour bénéficier de radiateurs à l'ombre, soit de l'énergie transmise depuis la Terre ou l'orbite lunaire. Handmer suppose que le lanceur propulserait de la roche brute, dont la tolérance aux accélérations est un avantage.

Énergie nécessaire

Avec une vitesse nécessaire de 1,6 km/s pour atteindre l'orbite basse lunaire (LLO), la puissance cinétique totale requise pour un débit de 10 millions de tonnes par an serait d'environ 450 MW. L'énergie serait ensuite fournie par des remorqueurs solaires pour déplacer les matériaux vers leur destination finale.

Un pari sur l'avenir

Handmer conclut que le lanceur lunaire n'est pas une solution économique immédiate, mais une infrastructure nécessaire pour un futur où la demande en puissance de calcul spatiale atteindrait des dizaines de térawatts par an. Il s'appuie sur le succès de Starlink, qui a démontré que la conversion de photons solaires en bits d'information est extrêmement rentable. L'IA spatiale augmenterait à la fois la demande de bits et leur valeur unitaire.