Paris, convention Japan Party – 23 mai 2026. Sous le soleil d’un parc floral parisien, des centaines de cosplayers défilent en costumes colorés. Robes à froufrous, ailes de fées, armures de super-héros : l’ambiance est festive, mais derrière les paillettes se joue une question éthique de taille. Alors que le cosplay – l’art d’incarner un personnage de fiction – connaît un essor fulgurant grâce aux réseaux sociaux, la tentation d’acheter des tenues prêtes à porter, souvent importées à bas coût, s’est banalisée. Pourtant, de plus en plus de passionnés résistent à cette logique de fast-fashion en misant sur la récupération et le fait main.
Un basculement vers la consommation rapide
Ichi-Nyu, cofondatrice de la boutique en ligne Cosplay Smart et pratiquante depuis quinze ans, observe une transformation profonde. « Avant, les gens fabriquaient leur cosplay entièrement à la main, parce qu’ils n’avaient pas le choix », rappelle-t-elle. L’arrivée des plateformes comme DokiDoki et Miccostumes, couplée à la pression des réseaux sociaux qui exigent de la nouveauté constante, a changé la donne. « Les gens achètent un costume, le portent trois fois pour des photos, puis le revendent », déplore-t-elle. Thouni, membre de l’association Cosstar, abonde : « Ces plateformes empêchent de prendre conscience du coût réel des matériaux. Cela crée une dynamique semblable à celle de la fast-fashion. »
Des alternatives artisanales et zéro déchet
Face à cette tendance, certains cosplayers ont choisi une voie plus sobre. Stellou, créatrice de la marque d’accessoires Inkossu, applique une démarche écologique : « Tous mes tissus viennent d’Europe et je les commande sur un site qui récupère les fins de stock des maisons de couture. » Sur son stand, des porte-clés fabriqués à partir de chutes de tissu et des fioles remplies de morceaux de boîtes à œufs ou de filets recyclés illustrent cette philosophie. Inspirée de l’anime Gachiakuta, où les personnages transforment des déchets en armes, Stellou prouve qu’un cosplay peut être esthétique sans être polluant.
Thouni, lui, a confectionné un costume de Jinx (League of Legends, Arcane) en combinant des jeans usagés, une minijupe en cuir de friperie, un vieux t-shirt de son père, un châle, de la mousse Eva et du tissu déjà en sa possession. Pour lui, « la seconde main ou la friperie, c’est forcément moins cher, donc les gens y viennent par économie, mais c’est écologique. »
Un geste encore peu revendiqué
Le slow cosplay gagne du terrain sans toujours être étiqueté comme tel. Stellou raconte que sous sa vidéo sur le sujet, des commentaires lui disent : « Ah, mais c’est déjà ce que je fais tous les jours en fait. » Beaucoup de cosplayers adoptent des pratiques comme le « cosplay placard » (réutiliser des vêtements déjà possédés) ou le recours aux friperies, sans se percevoir comme écolos. « Les gens n’ont pas encore franchi le pas de se dire qu’ils sont écolos, mais ils disent “je n’ai pas envie de participer à la surconsommation” », note Thouni.
Entre nécessité et prise de conscience
Si certains peuvent consacrer du temps à la couture, d’autres n’ont pas cette possibilité. « C’est un hobby utilisé comme échappatoire, on ne peut pas obliger tout le monde à tout faire à la main », tempère Thouni. L’association Cosstar, qu’il représente, voit ses membres adopter des approches variées. Clément Boutemy, cosplayer depuis 2007, a présenté un costume de Son Goku entièrement fait main, prouvant que la tradition artisanale perdure.
L’enjeu dépasse le simple loisir. En refusant la logique du prêt-à-porter jetable, ces passionnés montrent qu’une autre voie est possible. La convention Japan Party, lieu de rassemblement des fans, est devenue une vitrine de ces pratiques alternatives, où la créativité et le respect de l’environnement avancent main dans la main.