Un oracle au service du jeu moderne

À Roland-Garros, un homme analyse chaque échange, chaque placement, chaque statistique. Craig O’Shannessy n’est pas un joueur, mais il est devenu l’un des architectes les plus influents du tennis contemporain. Spécialiste des données, il conseille depuis plusieurs années Novak Djokovic, numéro un mondial, et collabore avec l’ATP. Son œil ne se pose pas seulement sur le passé : il scrute déjà le futur du tennis.

Des datas pour décrypter le jeu

O’Shannessy a développé une méthode unique d’analyse statistique. Il suit en temps réel la vitesse des balles, la distance parcourue par les joueurs, l’efficacité des coups. À partir de ces données, il établit des profils de jeu et des tendances. Selon lui, le tennis évolue vers des échanges plus courts. « Le jeu devient de plus en plus agressif, les points durent en moyenne moins de quatre secondes », explique-t-il. Cette accélération, due à la puissance des frappes et à la qualité des surfaces, modifie en profondeur les tactiques.

Le retour du service-volée

L’une des prédictions les plus surprenantes de l’analyste concerne le service-volée. Longtemps considéré comme une technique réservée aux surfaces rapides, il pourrait faire son retour sur terre battue. O’Shannessy note que les meilleurs joueurs, comme Carlos Alcaraz ou Jannik Sinner, commencent à monter plus souvent au filet. « Sur terre, la balle rebondit haut, mais si on la prend tôt, on peut perturber l’adversaire. Le service-volée n’est pas mort, il va se réinventer », assure-t-il. Il cite l’exemple de Djokovic, qui a amélioré sa volée ces dernières années pour varier son jeu.

L’intelligence artificielle, futur assistant des joueurs

Craig O’Shannessy imagine un tennis où l’intelligence artificielle (IA) jouera un rôle central. « Dans dix ans, chaque joueur aura un assistant IA qui analysera en direct son adversaire et lui suggérera des ajustements tactiques », prédit-il. Cette technologie, déjà en développement, pourrait être utilisée lors des changements de côté, via une tablette ou un casque connecté. « Ce ne sera pas de la triche, mais une aide à la décision, comme un coach augmenté », précise-t-il. L’IA permettrait aussi de simuler des séquences de jeu pour préparer un match.

Un travail de l’ombre avec Djokovic

O’Shannessy collabore avec Novak Djokovic depuis 2017. Il ne fait pas partie du staff officiel présent sur le terrain, mais il fournit au Serbe des rapports détaillés avant et après chaque rencontre. « Novak est obsédé par les détails. Il veut tout savoir : où son adversaire sert le plus souvent, quel est son schéma de jeu favori, comment il réagit sous pression », confie l’analyste. Cette approche a contribué aux succès de Djokovic, notamment à Roland-Garros, où il a remporté le titre en 2023. « Les données ne remplacent pas l’instinct du champion, mais elles lui donnent un avantage supplémentaire », résume O’Shannessy.

Les limites des statistiques

Malgré son enthousiasme, Craig O’Shannessy reconnaît que les datas ont leurs limites. « Le tennis reste un sport d’émotions et de sensations. Un joueur peut être en pleine forme statistiquement et perdre parce qu’il est nerveux », admet-il. Il met en garde contre une sur-analyse qui paralyserait les joueurs. « L’important, c’est de donner des informations simples et actionnables, pas de noyer le joueur sous des milliers de chiffres », insiste-t-il. Son objectif : permettre aux athlètes de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Un regard sur l’avenir du tennis

Au-delà de l’analyse individuelle, O’Shannessy s’intéresse à l’évolution globale du sport. Il prédit que les tournois du Grand Chelem pourraient adopter des sets plus courts pour répondre à l’exigence des diffuseurs et du public. « Le tie-break à 6-6 est déjà une réalité, mais on pourrait aller plus loin, comme des sets en quatre jeux gagnants », propose-t-il. Il voit aussi l’émergence de nouvelles surfaces, plus rapides, qui favoriseraient un jeu spectaculaire. « Le tennis doit s’adapter aux attentes des jeunes générations, tout en préservant son essence », conclut-il.

Craig O’Shannessy continue de travailler dans l’ombre, mais ses idées façonnent déjà le tennis de demain. À Roland-Garros, il observe, calcule et anticipe, persuadé que la data sera la clé des prochains champions.