Un discours sans filtre

Cyrille Bolloré, fils du milliardaire Vincent Bolloré, a pris la parole ce mardi lors de l’assemblée générale du groupe familial. Dans une intervention remarquée, il a déclaré que sa famille et ses entreprises n’avaient « pas de projet politique », démentant les critiques récurrentes sur l’influence croissante de leurs médias dans le débat public. Mais ce démenti a rapidement cédé la place à une charge virulente contre le président de la République, Emmanuel Macron, et plus largement contre l’ensemble de la classe politique.

« Les gens ont juste envie de leur donner un bon coup de pied au cul », a lancé Cyrille Bolloré, dans un langage cru qui a surpris l’assemblée. Il a fustigé ce qu’il perçoit comme l’arrogance et l’éloignement des élites politiques, reprenant à son compte un appel au « dégagisme », c’est-à-dire à un rejet massif des dirigeants en place. Sans nommer explicitement de mouvement, il a invité les Français à se débarrasser de l’actuelle classe dirigeante lors des prochaines élections.

Pas de vote extrême « à ce stade »

Alors que son groupe est régulièrement accusé de faire la promotion de l’extrême droite via ses chaînes d’information comme CNews, Cyrille Bolloré a pris soin de se démarquer de ces accusations. « Je n’ai jamais voté pour un parti extrême à ce stade », a-t-il assuré, ajoutant qu’il ne comptait pas le faire. Il a toutefois refusé de condamner les électeurs de ces partis, estimant que leur mécontentement était légitime face à une classe politique qui « n’écoute plus ».

Ces déclarations interviennent dans un contexte de vives polémiques autour de l’influence médiatique du groupe Bolloré, actionnaire principal de Vivendi et propriétaire de plusieurs médias, dont CNews, souvent accusé de donner une tribune aux idées d’extrême droite. Cyrille Bolloré a balayé ces critiques en affirmant que ses médias ne faisaient que refléter les opinions de leurs publics, sans agenda caché.

L’assemblée générale, initialement consacrée aux résultats financiers du groupe, a ainsi été marquée par une séquence politique inhabituelle. Les actionnaires présents ont assisté à un réquisitoire contre Emmanuel Macron, qualifié implicitement de « déconnecté » des réalités populaires. Cyrille Bolloré a également critiqué la politique économique du gouvernement, sans entrer dans le détail.

Interrogé sur l’avenir politique du groupe, il a répété que la priorité restait économique et industrielle, mais n’a pas exclu de « s’engager plus clairement » si la situation du pays le justifiait. Une ambiguïté qui laisse planer le doute sur les intentions réelles de la famille Bolloré à l’approche des prochaines échéances électorales.