Un constat alarmant sur la capacité énergétique

« L’énergie actuellement disponible sur le réseau ne suffira pas », affirme Yoann Bersihand, VP AI Technology chez Schneider Electric et responsable du AI Hub du groupe. Cette mise en garde, formulée dans un entretien, intervient alors que la demande énergétique des data centers explose sous l’effet de l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud. Selon lui, les limites des infrastructures électriques actuelles constituent un frein majeur au développement de ces installations intensives en énergie. Le responsable souligne que cette contrainte pousse les acteurs du secteur à repenser dès aujourd’hui la conception et l’alimentation des centres de données.

Une relation de quatre décennies avec Microsoft

Schneider Electric entretient avec Microsoft un partenariat stratégique qui dure depuis plus de quarante ans. Les deux groupes sont à la fois clients et fournisseurs l’un de l’autre : Schneider fournit notamment des solutions pour les data centers de Microsoft. Cette collaboration s’est renforcée à partir de 2014‑2015 autour de l’Internet des objets (IoT) et de la plateforme Azure. Aujourd’hui, le groupe français s’appuie principalement sur le cloud de Microsoft pour ses offres clients, tout en utilisant Amazon Web Services (AWS) pour ses fonctions internes (informatique, ressources humaines, finances, supply chain). Le triptyque technologique central pour l’intelligence artificielle associe Microsoft, AWS et Databricks.

La stratégie IA de Schneider Electric

Il y a quatre ans, Schneider Electric a créé une équipe dédiée à l’IA, baptisée AI Hub, dans le but de transformer l’entreprise en une organisation orientée intelligence artificielle. Yoann Bersihand précise qu’environ 45 à 50 % des cas d’usage actuels relèvent de l’IA générative, le reste étant de l’IA classique. L’approche du groupe ne se limite pas aux modèles de langage (LLM) : elle englobe toute la chaîne, de la gestion des données à l’ingestion et à la formalisation des connaissances. Schneider Electric pratique également le « LLM Ops », c’est-à-dire l’observabilité et l’évaluation hors ligne des systèmes, afin d’optimiser la précision, la latence et l’empreinte carbone. En production, un monitoring en ligne garantit que les solutions – bâties dans l’environnement Microsoft et parfois complétées par des offres de start-up lorsque Microsoft ne couvre pas encore une fonctionnalité – atteignent le niveau de performance attendu.

Des seuils de précision adaptés à chaque usage

Le responsable indique que Schneider Electric fixe un seuil de précision par cas d’usage en fonction de sa nature. Certains cas, critiques, exigent une précision proche de 100 %, ce qui peut être très coûteux et long à obtenir au‑delà de 95 %. D’autres se contentent d’environ 80 %, un niveau suffisant pour accélérer les processus par rapport aux méthodes traditionnelles. Ces seuils sont testés et validés lors d’une phase d’expérimentation intégrée au cycle de vie du produit. L’IA n’est jamais développée pour elle‑même : elle est toujours intégrée dans une offre client.

La maîtrise des coûts comme obsession

Depuis la création du AI Hub, Schneider Electric place la notion d’« IA à l’échelle » (AI at scale) au cœur de sa démarche. À chaque étape – définition, développement, déploiement et exploitation – la conception intègre une réflexion sur les coûts. Ceux-ci sont observés et optimisés en continu, et non considérés après coup. Yoann Bersihand insiste sur le fait que la maîtrise des coûts fait partie intégrante du cycle de vie des produits IA.

Des cas d’usage concrets dans le secteur de l’énergie

Parmi les applications de l’IA générative déployées en production, le groupe cite le métier Digital Grid, dédié aux fournisseurs d’énergie (utilities). Les logiciels complexes qui gèrent le réseau énergétique doivent optimiser le réseau, détecter les incidents et y remédier – une tâche peu aisée pour les opérateurs débutants. Avec l’IA générative et en collaboration avec Microsoft, Schneider Electric facilite l’accès à la connaissance de la gestion du réseau pour former ces nouveaux opérateurs. Un deuxième volet consiste à croiser des données réelles en temps réel avec une base de connaissances afin d’aider les gestionnaires à résoudre les incidents en direct, en combinant expertise historique et données actuelles – une capacité impossible sans IA générative. Enfin, la fonction de « function calling » permet aux systèmes d’interagir directement avec les logiciels de pilotage du réseau.

L’enjeu énergétique au cœur des discussions

L’alerte lancée par Yoann Bersihand intervient dans un contexte où la demande mondiale en électricité pour les data centers connaît une croissance fulgurante. Les opérateurs de centres de données, les fournisseurs d’énergie et les pouvoirs publics sont appelés à collaborer pour moderniser et étendre les réseaux électriques. Schneider Electric, en tant que fournisseur de solutions d’efficacité énergétique et de gestion de l’énergie, se positionne comme un acteur clé pour accompagner cette transition. Le groupe rappelle que la sobriété énergétique et l’optimisation des infrastructures sont des leviers indispensables pour soutenir la numérisation de l’économie sans compromettre l’équilibre des réseaux.