Alors que les chancelleries internationales saluaient encore récemment une « trêve » au Moyen-Orient, l’offensive israélienne au Liban n’a jamais vraiment cessé. Depuis l’annonce d’un cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis, les forces israéliennes ont intensifié leurs raids dans le sud du pays, violant à plusieurs reprises l’accord qui devait mettre un terme aux hostilités avec le Hezbollah.
Un cessez-le-feu à géométrie variable
Selon des responsables libanais et des témoins cités par plusieurs agences, Tsahal a mené ces dernières 48 heures au moins six frappes aériennes contre des localités situées à quelques kilomètres de la frontière. Des tirs d’artillerie lourde ont également été signalés dans les secteurs de Marjayoun et de Bint Jbeil, des zones pourtant censées être couvertes par le cessez-le-feu.
Le gouvernement libanais a officiellement déposé une plainte auprès de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dénonçant « des violations flagrantes et répétées » de l’accord. Cette plainte reste pour l’instant sans effet concret sur le terrain.
Des opérations au-delà de la « zone tampon »
L’offensive israélienne ne se limite pas aux abords immédiats de la Ligne bleue. Des incursions de blindés ont été observées jusqu’à huit kilomètres à l’intérieur du territoire libanais, selon une source militaire libanaise. Ces mouvements contredisent les déclarations officielles de l’État hébreu, qui affirmait ne vouloir qu’une « zone tampon limitée » pour éloigner les lance-roquettes du Hezbollah de sa frontière.
L’armée israélienne affirme de son côté agir en « légitime défense » et ne viser que des « infrastructures terroristes ». Elle reconnaît toutefois avoir élargi le périmètre de ses opérations, sans préciser de date de retrait.
Un contexte régional sous tension
Ce regain d’activité militaire au Liban intervient alors que Benyamin Nétanyahou a été contraint de suivre la feuille de route imposée par le président américain Donald Trump, qui a décrété une trêve avec l’Iran – principal soutien du Hezbollah. Pour de nombreux observateurs, cette concession contrainte a poussé le Premier ministre israélien à « reporter » sa pression militaire sur le front libanais, afin de maintenir un haut degré de conflictualité sans violer ouvertement l’accord avec Téhéran.
Le Hezbollah, de son côté, est pris en tenaille. Affaibli par la perte de son leader Hassan Nasrallah dans une frappe israélienne quelques jours plus tôt, il peine à coordonner une réponse unifiée. Des tirs de roquettes isolés ont bien été signalés en direction du nord d’Israël, mais sans commune mesure avec les salves qui marquaient le conflit ouvert de l’automne précédent.
Des populations civiles prises au piège
Les frappes israéliennes ont fait au moins quatre morts et une vingtaine de blessés côté libanais, selon un bilan provisoire de la Protection civile libanaise. Des villages entiers de la zone frontalière sont désormais quasiment vidés de leurs habitants, partis se réfugier dans les centres urbains plus au nord.
Des organisations humanitaires, dont le Comité international de la Croix-Rouge, ont appelé à une « désescalade immédiate » et rappelé que les civils doivent être protégés en toutes circonstances. Leurs appels sont restés lettre morte.
Une trêve de façade ?
Pour les experts, le terme de « trêve » ne correspond plus à la réalité du terrain. L’accord, conclu sous l’égide de Washington, prévoyait un arrêt complet des hostilités entre Israël et le Hezbollah, assorti d’un retrait israélien du sud du Liban dans un délai de trente jours. Ce délai est désormais dépassé sans que le retrait ait eu lieu.
Du côté israélien, on justifie le maintien des troupes par la nécessité de « garantir la sécurité des localités du nord » et par la « menace persistante » que représenterait le Hezbollah. Le gouvernement libanais, lui, crie à la « violation du droit international » et réclame une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.
Quelles perspectives ?
La communauté internationale semble pour l’instant impuissante. Les États-Unis, par la voix de leur médiateur, ont exhorté les deux parties à « respecter leurs engagements », mais sans menace de sanctions concrètes. La France, qui coprésidait avec Washington le groupe de contact sur le Liban, a exprimé sa « vive préoccupation ».
En attendant, les habitants du Sud-Liban continuent de subir le fracas des bombes, et la « trêve » n’est plus qu’un mot vide de sens, utilisé par les diplomates pour masquer une réalité bien plus sombre.