Un vent d'optimisme souffle sur Caracas
Depuis l'arrestation du président Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines le 3 janvier dernier, le Venezuela connaît une transformation accélérée. Le pays, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, a ouvert son secteur pétrolier aux investissements étrangers fin janvier, mettant fin à deux décennies de contrôle étatique. L'objectif affiché est d'attirer des entreprises privées capables d'apporter expertise et capitaux. Cette ouverture suscite un regain d'espoir parmi les quelques entrepreneurs qui sont restés malgré la crise.
« Nous nous préparions exactement pour ce moment », déclare Thilo Schmitz, homme d'affaires germano-vénézuélien de 59 ans, né à Caracas. « Je suis certain que nous ferons de très bonnes affaires dans les cinq prochaines années », prédit-il, évoquant la réouverture du pays après des années de déclin. Schmitz, qui a repris l'entreprise de papeterie de son père en 1996, s'est diversifié dans les aliments sans gluten et, depuis 2022, dans la technologie médicale en provenance d'Allemagne. Sa société emploie désormais 50 personnes et a réalisé un chiffre d'affaires de 45 millions de dollars (environ 38 millions d'euros) durant ses meilleures années.
Une reprise sous influence américaine
Schmitz se dit convaincu que les États-Unis tirent les ficelles de la reprise économique. « Sur le plan économique, les Américains dictent toutes les règles », affirme-t-il. Depuis l'arrestation de Maduro, la présidente par intérim Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente, continue de gérer les affaires courantes. Plusieurs délégations américaines se sont rendues à Caracas, et la secrétaire d'État américaine à l'Intérieur, Doug Burgum, a notamment rencontré Delcy Rodríguez. Parallèlement, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont renoué leurs relations avec le Venezuela.
Une présence allemande réduite mais persistante
Le Venezuela a longtemps été considéré comme une porte d'entrée pour l'industrie allemande en Amérique du Sud. Contrairement au conflit violent qui secoue la Colombie voisine, le pays était perçu comme économiquement stable et offrant une bonne qualité de vie. Cependant, de nombreuses entreprises ont commencé à quitter le Venezuela après l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez en 1998. Le régime de Nicolás Maduro, à partir de 2013, et l'augmentation des sanctions américaines ont accéléré l'exode.
Aujourd'hui, la Chambre de commerce et d'industrie germano-vénézuélienne (CAVENAL) estime qu'il ne reste qu'une dizaine d'entreprises allemandes dans le pays. La plupart se montrent discrètes sur leurs projets. Siemens et Linde n'ont pas répondu aux sollicitations de la Deutsche Welle, tandis que Bosch a confirmé ne plus mener d'activités au Venezuela.
Des attentes élevées malgré les incertitudes
Pour Thilo Schmitz, l'avenir s'annonce prometteur. « Les gens ont des attentes énormes », constate-t-il. Il est l'un des rares chefs d'entreprise à s'être exprimé publiquement depuis l'éviction de Maduro. L'ancienne élite économique, selon lui, est toujours présente et prête à investir. Néanmoins, le chemin vers une reprise durable reste semé d'embûches. Le pays doit relever d'immenses défis : reconstruction des infrastructures, lutte contre la pauvreté et rétablissement de la confiance des investisseurs internationaux.
Un pari à long terme
Les entrepreneurs allemands qui ont tenu bon misent sur une stabilisation politique et économique à moyen terme. L'ouverture du secteur pétrolier aux investisseurs privés constitue un signal fort, mais la concrétisation des promesses de réformes et la capacité du gouvernement intérimaire à garantir un cadre juridique stable seront déterminantes. Pour l'instant, l'optimisme prévaut chez ceux qui, comme Schmitz, ont choisi de rester et de croire en l'avenir du Venezuela post-Maduro.