Une révolution dans l’industrie textile ?
Les robots capables de manipuler des tissus mous et de réaliser des assemblages pourraient transformer la fabrication des vêtements. Actuellement, la quasi-totalité des habits vendus dans le monde sont confectionnés à la main, souvent par des ouvriers faiblement rémunérés en Asie. La difficulté pour les machines réside dans la souplesse des textiles et la nécessité de maintenir deux pièces de tissu alignées pendant la couture. Plusieurs entreprises innovent donc pour automatiser ce processus.
Coller plutôt que coudre
L’entreprise californienne CreateMe mise sur une technique de collage. Son fondateur et directeur général, Cam Myers, explique que l’adhésif thermodurcissable utilisé résiste à la chaleur du repassage et au lavage. Les pièces sont simplement pressées ensemble, sans couture. CreateMe fabrique déjà des sous-vêtements féminins de cette manière et prévoit de lancer la production de t-shirts dans les mois à venir, avec une production de masse possible dès l’année prochaine. L’entreprise affirme pouvoir utiliser du coton, de la laine ou encore du cuir.
Un retour de la production en Occident ?
Si l’automatisation devenait compétitive, elle pourrait permettre de rapatrier la fabrication de vêtements aux États-Unis ou en Europe, où elle a quasiment disparu. Myers estime que si seulement 10 % de la production de t-shirts revenait aux États-Unis grâce aux robots, ce serait un bouleversement considérable pour le secteur. De plus, les vêtements sans couture peuvent être moulés sur des formes épousant les contours du corps, offrant un avantage ergonomique.
La couture n’a pas dit son dernier mot
Tous les acteurs ne sont pas convaincus par l’approche du collage. Palaniswamy Rajan, président-directeur général de Softwear Automation, basé en Géorgie, estime que la couture restera indispensable, notamment pour des vêtements comme les jeans où les piqûres visibles font partie du design. Son entreprise s’apprête à lancer une troisième génération de robots de couture capable, selon lui, de produire des t-shirts au même coût que l’importation aux États-Unis, sans pour autant dévoiler les détails techniques.
Un enjeu environnemental majeur
L’automatisation pourrait également réduire l’empreinte écologique de l’industrie textile. Chaque année, 92 millions de tonnes de déchets textiles sont générés dans le monde, et d’énormes quantités de vêtements invendus sont incinérées. Produire à la demande, plutôt que d’importer massivement d’Asie, permettrait de réduire les excédents et les émissions de transport. Une étude menée par Gerald Feichtinger, de l’Université technique de Leoben en Autriche, estime que les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication d’un t-shirt pourraient baisser d’environ 45 % si la production était robotisée en Europe ou aux États-Unis.
Des défis persistants
Malgré ces promesses, les robots textiles doivent encore faire face à la demande de variété des consommateurs, qui réclament une multitude de formes, de couleurs et de designs. La concurrence est féroce entre les entreprises du secteur, qui restent discrètes sur leurs technologies. Par ailleurs, des millions de travailleurs du textile, déjà fragilisés par la pandémie de Covid-19 et les perturbations d’approvisionnement liées au conflit en Iran, pourraient perdre leur emploi si l’automatisation se généralisait sans reconversion.
L’avenir de l’habillement automatisé
L’essor des robots dans la confection de vêtements en est encore à ses débuts, mais il pourrait redessiner les chaînes de valeur mondiales. Entre innovation technique, enjeux sociaux et impératifs environnementaux, la transition vers une mode automatisée soulève des questions cruciales pour l’avenir de l’industrie.