Une développeuse indépendante de visual novels a révélé, le 26 mai 2026, que plusieurs de ses jeux au contenu yuri (relations entre femmes) avaient été interdits d’accès en Russie sur la plateforme Steam. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, elle a indiqué avoir reçu une notification de Valve, propriétaire de Steam, l’informant de ce blocage et lui reprochant, selon son interprétation, de ne pas avoir effectué « sa due diligence » en ne se conformant pas par avance aux lois locales.
Un message jugé « déplacé » et une responsabilité rejetée sur les créateurs
Le message, qu’elle a qualifié de « copier-coller » identique à une notification reçue quelques mois plus tôt pour un autre de ses titres, impute en substance le blocage au manque d’anticipation du développeur face à la législation russe. « Steam m’a envoyé ce charmant message me disant que c’est de ma faute et que j’aurais dû faire ma due diligence en me conformant par avance aux lois homophobes », a-t-elle écrit. La formulation a été largement critiquée par d’autres créateurs et joueurs, qui y voient une tentative de la plateforme de se décharger de ses responsabilités au lieu d’assumer la censure imposée par un État.
Un internaute a résumé le sentiment général : « Les gens ne cessent de faire l’éloge de Steam tout en ignorant que ce genre de choses continue de se produire. Vous ne devriez pas avoir à vérifier quels pays sont assez homophobes pour s’en prendre à des yuri VN sur Steam. Cela ne devrait pas vous incomber, en tant que créateur. »
Une censure ciblant les contenus LGBTQ+
Selon la développeuse, ces interdictions sont motivées par l’attitude du gouvernement russe envers les personnes homosexuelles. « Le gouvernement russe déteste les personnes gays », a-t-elle déclaré, en référence aux lois russes restreignant la « propagande » de relations non traditionnelles auprès des mineurs, qui ont été élargies ces dernières années pour concerner également les adultes. Elle a également rapporté qu’un de ses jeux yuri plus explicites avait déjà été banni de Steam en Russie quelques mois auparavant, recevant alors exactement le même message de la part de la plateforme.
Les conséquences pour les joueurs russes et les alternatives
Un joueur russe, se présentant comme un fan de longue date de la développeuse, a exprimé sa consternation : « En tant que votre fan depuis la Russie (je vous suis depuis Lynne), c’est une nouvelle dévastatrice. Est-il toujours possible de télécharger vos jeux via Itch.io ? » La créatrice a confirmé que ses jeux restaient accessibles sur cette plateforme concurrente, où ils ne sont pas soumis aux mêmes restrictions régionales. D’autres utilisateurs ont suggéré avec ironie « d’air-dropper du yuri et du yaoi directement sur Moscou » en signe de protestation, tandis que d’autres ont souligné le caractère pourtant très subtil de certains de ses jeux, s’étonnant qu’ils puissent être visés par la censure.
Un débat plus large sur la gestion de la censure par Steam
Cette affaire relance les critiques sur la politique de Steam face aux demandes de censure de pays aux législations restrictives. La développeuse s’est interrogée sur les évolutions à venir : « Je me demande si Steam ajoutera à l’avenir une case à cocher “Ce jeu contient-il des personnages/thèmes LGBT ?” dans son questionnaire de contenu pour adultes, et si les jeux seront alors bannis en Russie de manière préventive si les développeurs cochent cette case. » Cette hypothèse, si elle se vérifiait, alourdirait encore la charge pesant sur les créateurs, contraints d’anticiper les législations de chaque pays où leur jeu est disponible.
Réactions et implications
Les réactions en ligne ont été nombreuses, beaucoup d’internautes exprimant leur soutien à la développeuse et leur frustration envers Valve. Le message a été partagé et commenté des milliers de fois, illustrant l’ampleur de l’indignation au sein de la communauté des joueurs et des créateurs de jeux indépendants. La question de la responsabilité des plateformes face aux censures étatiques reste centrale, les développeurs dénonçant un transfert de la charge de la conformité légale sur leurs épaules, sans soutien ni avertissement préalable de la part de Steam.