Alors que le président Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait alléger certaines sanctions contre Cuba, la question se pose avec une acuité nouvelle : l’économie cubaine, exsangue après des années de pénurie et de récession, peut-elle être sauvée par un simple changement de politique américaine ?
L’État cubain contrôle encore la quasi-totalité du système productif et des échanges extérieurs. L’économie de l’île est « ossifiée par le contrôle d’État et le communisme », écrit l’hebdomadaire The Economist dans une analyse publiée le 27 mai 2026. Même si Washington levait l’embargo dans son intégralité, Cuba resterait un pays structurellement peu attrayant pour les investisseurs étrangers, en raison de l’absence d’accès au crédit, de la fuite des cerveaux, de l’état délabré des infrastructures et d’une bureaucratie étouffante.
Le chiffre brutal de la dette
Selon des données citées par l’article, la dette extérieure de Cuba atteindrait environ 45 milliards de dollars. Le pays n’a plus accès aux marchés financiers internationaux depuis le défaut de paiement de 1986. Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) n’y opèrent pas. Pour attirer des investissements, Cuba devrait d’abord parvenir à un accord de restructuration de sa dette avec ses créanciers, dont la Chine et la Russie, qui sont parmi les principaux.
L’héritage de Sherritt et des mines de nickel
Dans les années 1990, le dirigeant de la société canadienne Sherritt International, Ian Telfer, était surnommé « le capitaliste préféré de Fidel Castro ». Pendant trente ans, l’entreprise a exploité des mines de nickel en partenariat avec l’État cubain. Son histoire illustre les difficultés du partenariat public-privé sur l’île : malgré des ressources naturelles – le nickel, le cobalt, le pétrole offshore – le cadre juridique reste incertain, les rapatriements de dividendes sont aléatoires et la corruption endémique. The Economist note que Sherritt a dû « naviguer dans un labyrinthe de réglementations et payer des pots-de-vin à des fonctionnaires » pour maintenir ses activités.
L’hypothèse d’un changement de politique américaine
Donald Trump, qui avait durci l’embargo lors de son premier mandat, multiplie les signaux contradictoires. D’un côté, son administration a annoncé en avril 2026 la réactivation de certaines licences de voyage et de transferts de fonds, interrompues depuis 2019. De l’autre, le département d’État maintient Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme, ce qui bloque tout financement bancaire international.
L’analyste économique cubain Pedro Monreal, cité dans le même article, estime que « même si les Américains levaient toutes les sanctions, il faudrait au moins cinq ans pour que les investisseurs reviennent sérieusement, à condition que les réformes intérieures suivent ». Or, le gouvernement de Miguel Díaz-Canel n’a montré aucun signe d’abandon du modèle centralisé. Les réformes annoncées – ouverture limitée aux petites entreprises privées, unification monétaire avortée en 2021 – sont restées inabouties.
Le tourisme : une bouée de sauvetage percée
Le secteur touristique, qui pesait 4,5 milliards de dollars par an avant la pandémie, s’effondre. En 2025, Cuba n’a accueilli que 1,2 million de visiteurs, contre 4,3 millions en 2019. La flambée des prix, la pénurie de carburant, l’état dégradé des hôtels et la concurrence d’autres destinations caraïbes (République dominicaine, Mexique) expliquent cette chute. L’arrivée éventuelle de touristes américains, si elle se concrétisait, apporterait un ballon d’oxygène, mais loin des niveaux espérés.
Les chiffres de la misère
Le produit intérieur brut (PIB) cubain a reculé de 2,1 % en 2025, selon des estimations d’organismes internationaux. L’inflation dépasse les 70 % par an. Le salaire mensuel moyen, converti au taux du marché noir, équivaut à environ 25 dollars. Les pannes d’électricité, aggravées par la vétusté du réseau et le manque de pétrole, touchent quotidiennement des millions de Cubains. La population a chuté de 550 000 habitants entre 2020 et 2025, soit 5 % du total, dans un mouvement d’émigration massive sans précédent.
Un sauvetage improbable
En conclusion, la question posée en titre de l’article original – « Donald Trump peut-il sauver l’économie cubaine ? » – reçoit une réponse nuancée : « Même si l’île n’était pas grevée par l’embargo et le communisme, elle resterait un investissement peu prometteur. » La levée des sanctions américaines serait une condition nécessaire, mais très loin d’être suffisante. Le cœur du problème reste cubain : une économie étatisée, des institutions fragiles et une classe dirigeante qui n’a pas démontré sa volonté de réforme profonde.