Des applications promises à la trappe ? Une vague de start-up ambitionne de redorer le blason des sites de rencontres, minés par les comptes factices, les « catfish » et l'usage abusif de l'intelligence artificielle. La promesse est alléchante : un espace où les profils seraient authentifiés et les intentions, claires.
La chasse aux faussaires s'organise
Dennie Smith, propriétaire d'un salon de coiffure à Croydon, dans le sud de Londres, a fondé le « Geek Meet Club » après avoir pris conscience des lacunes des applications grand public. « Beaucoup de sites de rencontres ne misent que sur le volume et incluent des faux profils qui dissimulent des arnaques », déplore-t-elle. Son club, fort de 3 300 membres, vise un public passionné de science-fiction, de comics et d'histoire militaire. Pour préserver l'authenticité, Smith examine personnellement chaque candidature et refuse environ cinquante demandes par mois. « Je suis très douée pour repérer un faux. Parfois, c'est facile : une personne a soumis une photo de Boris Johnson ! », raconte-t-elle.
Plutôt que de laisser ses membres se perdre dans des échanges virtuels, elle organise des événements physiques — quiz, sorties costumées — pour favoriser les rencontres en chair et en os. « Je dis à mes membres de se rencontrer en personne le plus vite possible, d'aller boire un café dans un parc ou dans une rue commerçante pour vérifier si l'autre est légitime », explique-t-elle.
La vérification d'identité comme rempart
Jo Mason, banquière londonienne, a elle aussi constaté les failles des plateformes classiques. « Vous regardez les profils et vous vous demandez : "Cette personne est-elle réelle ?" Il faut se comporter comme un détective privé avant de se connecter », témoigne-t-elle. Lassée des « catfish » — ces individus qui utilisent de fausses images ou un statut fictif —, elle a créé « Cherry Dating ». Son outil principal : un logiciel qui compare un selfie avec un permis de conduire ou un passeport pour certifier l'identité de chaque inscrit. « Les grandes banques utilisent ce type d'approche pour repérer des anomalies dans les comptes », souligne Mason, qui transpose ainsi les méthodes de la finance.
Plusieurs candidats abandonnent d'eux-mêmes face à cette exigence d'authentification. Ceux qui restent se voient attribuer un score de compatibilité. « Si vous êtes compatible à 80 %, c'est bien ; vous ne perdez pas de temps avec quelqu'un qui ne l'est qu'à 5 % », résume la fondatrice.
La défiance envers les applications traditionnelles
Une étude commandée par Mason révèle que 47 % des personnes interrogées au Royaume-Uni estiment qu'aucune application de rencontres ne répond à leurs besoins, et 40 % affirment que ces plateformes ont diminué leur motivation à rencontrer quelqu'un. Les chiffres sont éloquents : selon un sondage réalisé par Sumsub — société spécialisée dans la lutte contre la fraude — auprès de 2 000 utilisateurs britanniques, 54 % des répondants avouent recourir à l'intelligence artificielle pour améliorer leur profil en ligne.
L'IA, amie ou ennemie ?
Jocelyn Penque, coach en rencontres et fondatrice de « Dating Classroom », voit dans l'IA un outil à double tranchant. « Beaucoup de gens ne sont pas doués pour s'exprimer. Copilot ou ChatGPT sont utiles si l'on n'aime pas écrire », estime-t-elle. Mais attention aux consignes trop vagues, prévient-elle : « Vos instructions doivent porter sur ce qui compte vraiment, vos valeurs. Dites à Copilot si vous voulez une relation sérieuse et fonder une famille. »
D'après Penque, les sites ciblés par centres d'intérêt ou par tranche d'âge fonctionnent mieux. Elle raconte que son père, âgé de 79 ans, a rencontré sa compagne via « Our Time », une application dédiée aux seniors.
Retour au monde réel
Penque recommande elle aussi de ne pas s'enfermer dans le virtuel. En mai, elle a emmené un petit groupe de clients aux Açores, archipel portugais au milieu de l'Atlantique, pour une retraite de plusieurs jours. « Nous étions assis au milieu de l'océan, dans un espace complètement différent, il leur est bien plus facile d'envisager de nouvelles possibilités là-bas », explique-t-elle.
Elle-même n'a pas été épargnée par les désillusions. « Je suis allée boire un verre avec un homme. Tout semblait bien se passer, mais quand il a dit qu'il allait au bar, il n'est jamais revenu », confie-t-elle. Le barman lui a appris que cet homme fréquentait l'établissement depuis trois ans et faisait le même coup à chaque fois.
Un marché en pleine mutation
Ces initiatives sont une réponse à une défiance croissante envers les géants historiques du secteur. Les nouvelles start-up misent sur des niches — geek, financière — et sur un filtrage rigoureux pour attirer des utilisateurs lassés des algorithmes impersonnels. Reste à savoir si ce modèle de « rencontres vérifiées » parviendra à s'imposer face à la puissance des plateformes établies, mais l'aspiration à plus d'authenticité est clairement là.