Alors que l'épidémie d'Ebola sévit en République démocratique du Congo et en Ouganda depuis mai 2026, les États-Unis semblent déterminés à éviter, autant que possible, le rapatriement sur leur sol des ressortissants nord-américains qui auraient pu être exposés au virus. Selon des informations concordantes, Washington serait sur le point d'ouvrir un centre de quarantaine et de soins au Kenya pour y prendre en charge les soignants américains potentiellement contaminés.

Cette approche marque une rupture avec la pratique habituelle des États-Unis, et d'une majorité de pays, qui consiste à rapatrier leurs ressortissants confrontés à des épidémies mortelles afin de les traiter dans des unités médicales spécialisées sur le territoire national. En 2014, lors de la précédente grande épidémie d'Ebola, le président Barack Obama avait fait rapatrier des Américains, une décision que Donald Trump, déjà à l'époque, avait vivement critiquée.

Des précédents en Europe

Cette stratégie n'est pas une première dans la gestion de l'actuelle crise. Dès les premiers signes de l'épidémie, qui a contaminé plus de 1 000 personnes et causé la mort d'au moins 220 patients en moins de deux semaines, l'administration Trump avait préféré envoyer un médecin américain en Allemagne afin qu'il soit pris en charge en Europe. Depuis, six autres ressortissants américains ont été accueillis, à la demande de Washington, dans des unités spécialisées en Allemagne et en République tchèque.

Une décision « inhabituelle » pour les experts

Des spécialistes interrogés jugent cette réaction américaine « plutôt inhabituelle ». « D'ordinaire, les pays occidentaux cherchent à faire rapatrier leurs ressortissants qui ont pu être exposés à des virus dans des pays étrangers », souligne Paul Hunter, épidémiologiste à l'université East Anglia. Nathalie MacDermott, épidémiologiste associée au King's College de Londres, rappelle toutefois qu'il n'existe pas de règle absolue : « Il faut d'abord déterminer si le patient est en état de voyager. S'il est déjà gravement malade, il vaut peut-être mieux le soigner d'abord sur place pour stabiliser son état avant de penser à le rapatrier. »

Des capacités médicales locales existantes

Le choix de soigner les patients exposés en Afrique plutôt qu'aux États-Unis ne signifie pas que le continent africain manque de moyens. « Il y a vraiment de tout, et certaines installations n'ont rien à envier à celles qui existent en Europe ou aux États-Unis. Surtout, le personnel est souvent très bien formé car ces pays ont pu être confrontés plus directement à d'importantes épidémies », analyse Paul Hunter. Les États-Unis disposent néanmoins de plusieurs structures dotées des équipements les plus perfectionnés et d'un personnel soignant spécialement formé pour la prise en charge de personnes exposées aux virus les plus dangereux, comme Ebola. Le rapatriement peut surtout permettre de mettre le patient entre les mains de médecins familiers de ces pathologies et d'assurer une surveillance continue par les autorités nationales. La décision de Washington, en privilégiant des solutions régionales, soulève des questions sur les critères de choix et les implications pour la gestion des futures crises sanitaires.