Des critiques venant d'une figure prorusse

Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France, chaîne de télévision liée au Kremlin et fermée en 2023 après l'invasion de l'Ukraine, a remis en cause les voyages des candidats à la présidentielle en Ukraine. Sans carte de presse, elle s'est notamment exprimée dans des cercles proches de Vincent Bolloré, magnat des médias. Ses déclarations, relayées ces derniers jours, ont suscité des réponses aussi bien de la part des politiques visés que du gouvernement.

La réponse d'Edouard Philippe

L'ancien Premier ministre, candidat à la présidentielle, a répondu sans ambages : « Je n'ai pas de leçon à recevoir de la part d'une ancienne responsable de la propagande russe. Mes déplacements à Kiev sont transparents, ils visent à soutenir un pays agressé et à défendre les intérêts de la France en Europe. » Il a ajouté que « ceux qui critiquent la solidarité avec l'Ukraine devraient s'interroger sur leur propre loyauté envers les valeurs démocratiques. »

La réplique de Bruno Retailleau

Le ministre de l'Intérieur et également candidat à la présidentielle a, lui aussi, fermement répliqué. « Je ne reçois pas de leçons de quelqu'un qui a dirigé un média qui a justifié l'invasion de l'Ukraine. Aller à Kiev, c'est aller voir la réalité du terrain, c'est s'engager pour la souveraineté des nations. » Il a précisé que ses voyages avaient été « utiles pour évaluer les besoins de sécurité et d'aide humanitaire ». Il a également souligné que « la présence de Mme Fedorova dans les cercles de Vincent Bolloré pose une question légitime sur les fréquentations de certains milieux d'affaires. »

Le gouvernement mis en cause

En parallèle, le gouvernement a dû s'expliquer sur la participation de la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, à un événement organisé par Vincent Bolloré. Selon les informations, cette réunion se tenait en présence de Xenia Fedorova, ce qui a suscité des interrogations au sein de la majorité. Interrogée, la ministre a indiqué qu'elle « n'avait pas connaissance de la présence de cette personne » et qu'elle « condamne fermement toute propagande prorusse ». Le porte-parole du gouvernement a précisé que « la ministre s'est rendue à cet événement pour des questions agricoles, sans lien avec les autres participants ».

Un contexte politique tendu

Ces échanges surviennent alors que la campagne présidentielle s'intensifie. Les déplacements à Kiev sont devenus un marqueur fort de la stratégie des candidats : montrer leur engagement pour l'Ukraine face à l'agression russe. Xenia Fedorova, de son côté, est devenue une figure médiatique contestée, régulièrement invitée dans des émissions ou des cercles proches de Vincent Bolloré, ce qui nourrit les critiques sur l'influence de ce dernier dans le débat public. Plusieurs associations de journalistes ont également dénoncé le fait qu'elle n'ait pas de carte de presse et qu'elle continue à s'exprimer comme si elle était une éditorialiste indépendante.

Les implications pour la campagne

Les deux hommes politiques ont donc utilisé cette attaque pour réaffirmer leur ligne pro-ukrainienne, tout en pointant du doigt les liens entre certaines figures d'extrême droite et les médias russes. Cette séquence pourrait avoir des répercussions sur la perception des candidats auprès de l'électorat sensible à la liberté de la presse et à la défense de l'Ukraine. Le gouvernement, de son côté, tente de circonscrire l'incident lié à Annie Genevard, craignant qu'il ne nuise à l'image de cohésion de l'exécutif.

Des questions sur l'influence de Bolloré

Vincent Bolloré, à la tête d'un empire médiatique (Canal+, CNews, Europe 1), est régulièrement accusé de favoriser un traitement éditorial proche de l'extrême droite et du Kremlin. La présence de Xenia Fedorova dans son entourage est perçue comme un nouveau signe de cette orientation. Plusieurs députés ont demandé une enquête parlementaire sur les liens entre Bolloré et les médias russes. Le gouvernement n'a pas pour l'instant commenté cette demande.