Pendant quinze ans, une Suissesse aujourd'hui quadragénaire a voyagé sur le réseau ferré helvétique sans jamais acheter de billet. Les amendes, les frais de poursuite et les intérêts ont fini par représenter une somme de 80 000 francs suisses, soit environ 87 000 euros. Dans un témoignage publié par le journal dominical alémanique « SonntagsZeitung », elle raconte comment un héritage de 100 000 francs suisses (environ 110 000 euros) est arrivé juste à temps pour la sortir de cette spirale.
Un emploi qui impose de voyager, mais sans budget transport
À l'époque où elle commence à frauder, la femme travaille comme employée de terrain. Son entreprise ne lui verse aucune indemnité de déplacement. Issue d'une famille modeste et déjà endettée, elle n'a pas les moyens de souscrire un abonnement de train. Ses missions la conduisent pourtant dans toute la Suisse. Elle raconte avoir développé très vite des stratagèmes pour échapper aux contrôleurs : se cacher dans les espaces vides entre les sièges, changer de wagon au gré des passages du personnel de bord. « Attendre aux toilettes ? Inutile ! », confie-t-elle, car les contrôleurs connaissaient cette technique.
Des amendes qui s'empilent, puis la prison
Les verbalisations se sont multipliées. Considérée comme récidiviste, la voyageuse sans titre a vu ses dossiers transmis au ministère public. Elle a tenté de négocier un plan d'apurement avec les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF), mais sans succès. À plusieurs reprises, la police s'est présentée à son domicile. Incapable de payer, elle a alors purgé soixante-dix jours de détention : « trois jours pour 300 francs, ça vaut le coup », a-t-elle déclaré au journal. Au fil des années, elle a développé une véritable phobie du courrier, au point de ne plus ouvrir sa boîte aux lettres pendant des semaines.
Un héritage salvateur
En 2020, alors qu'elle se trouve au bord de l'asphyxie financière, la donne change brutalement. Elle hérite de 100 000 francs suisses. La somme, bien supérieure aux 80 000 francs d'amendes et de frais, lui permet de tout régler. « Tout a servi à rembourser mes dettes », confie-t-elle. Aujourd'hui, elle dit être indépendante, sans dette, et voyager avec un titre de transport valide. Elle estime que, pour sortir de telles situations, il faut « toucher le fond » avant de pouvoir changer de comportement.