Un Palestinien a été enterré deux fois en une journée au début du mois de mai, victime des menaces proférées par des colons israéliens de la colonie voisine de Sa-Nur. Le 8 mai, le corps de Hussein Mohammad Asasa, un habitant du village d’Al-Asasa, a dû être exhumé et inhumé ailleurs, quelques heures seulement après avoir été mis en terre. Les colons, postés sur la colline surplombant la localité, avaient menacé de « livrer le corps aux chiens », selon les témoignages recueillis sur place.

La scène se déroule dans le petit village d’Al-Asasa, au sud de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Le cimetière, vieux de près d’un demi-siècle, compte environ 150 tombes, à l’ombre des oliviers. Depuis la colonie perchée de Sa-Nur, les colons, visibles, fusil en bandoulière et mobile homes plantés dans le paysage, exercent une pression quotidienne sur les Palestiniens.

Une colonie évacuée, puis rétablie

La colonie de Sa-Nur avait été évacuée en 2005, dans le cadre du plan de désengagement unilatéral israélien de la bande de Gaza et de certaines parties de la Cisjordanie. Elle a été récemment rétablie et est aujourd’hui présentée comme un modèle par les milieux favorables à la colonisation. Ce retour des colons, accompagné d’une présence armée, a ravivé les tensions et les violences dans la région.

Un des fils de la victime, Mohammad Asasa, qualifie les colons de « mafia ». « Ils menacent notre famille et notre communauté depuis des mois », a-t-il confié aux journalistes présents. La famille Asasa, sous le choc, a dû organiser une seconde cérémonie funéraire pour inhumer le corps dans un lieu jugé plus sûr.

Les autorités palestiniennes dénoncent

Les autorités palestiniennes ont dénoncé cet acte et appelé la communauté internationale à intervenir pour protéger les populations civiles. L’incident illustre l’intensification de la pression des colons sur les villages palestiniens de Cisjordanie, où les violences et les intimidations se multiplient depuis le rétablissement de plusieurs colonies évacuées.

Les habitants d’Al-Asasa vivent dans la crainte constante de nouvelles attaques. « Nous ne pouvons même pas enterrer nos morts en paix », déplore un voisin, qui a requis l’anonymat. La colonie de Sa-Nur, perchée sur une hauteur, domine le village et le cimetière. Les colons, équipés d’armes, empêchent souvent l’accès aux oliveraies et aux terres agricoles.

Un contexte de violence croissante

Cet incident s’inscrit dans un contexte plus large de violences en Cisjordanie occupée. Depuis plusieurs mois, les attaques des colons contre les Palestiniens se sont multipliées, avec des destructions de biens, des intimidations et des violences physiques. L’armée israélienne, qui contrôle la zone, intervient rarement pour protéger les villageois.

La famille Asasa, désormais, ne peut plus se recueillir sur la tombe de Hussein là où elle l’avait d’abord choisi. La deuxième tombe, située dans un endroit non précisé, a été creusée à la hâte, sous la surveillance des hommes armés de la colonie.

Les organisations de défense des droits humains ont documenté plusieurs cas similaires, où des familles palestiniennes ont été empêchées d’enterrer leurs morts ou contraintes de déplacer des tombes, sous la menace des colons. Ces actions sont condamnées par le droit international humanitaire, qui interdit la profanation de sépultures.

Pour l’heure, aucune mesure disciplinaire n’a été prise à l’encontre des colons de Sa-Nur. Les autorités israéliennes n’ont pas commenté l’incident. Le village d’Al-Asasa reste sous tension, attendant une réponse qui ne vient pas.