Un mouvement gagne du terrain sur TikTok : celui du boycott des « mots remplisseurs », ces expressions comme « en fait », « du coup » ou « genre » qui émaillent la conversation sans apporter d’information supplémentaire. Des vidéos invitent les utilisateurs à prendre conscience de ces tics de langage et à tenter de les éliminer de leurs prises de parole.

Le principe est simple : repérer dans son propre discours ou dans celui des autres les termes ou locutions jugés superflus, souvent employés par habitude ou pour combler un silence. Au-delà du simple défi personnel, certains y voient un moyen de gagner en précision et en crédibilité, en particulier dans un contexte professionnel ou médiatique.

Un phénomène qui interroge

Si la démarche peut sembler anodine, elle soulève des questions sur la norme linguistique et la pression sociale qui pèse sur la manière de s’exprimer. Pour les détracteurs de cette tendance, traquer ces « mots remplisseurs » reviendrait à stigmatiser des particularités de la langue parlée, souvent spontanée et moins formatée que l’écrit. Ils arguent que ces expressions font partie intégrante du langage oral et que leur suppression pourrait appauvrir la richesse des échanges informels.

À l’inverse, les promoteurs de cette pratique estiment qu’un discours plus épuré permet de mieux capter l’attention de son interlocuteur et de véhiculer un message plus clair. Certains coachs en communication recommandent d’ailleurs de limiter ces tics pour renforcer l’impact de ses paroles.

Une tendance loin d’être inédite

La mise en avant des « mots remplisseurs » n’est pas nouvelle. Depuis des années, des guides de style, des ateliers de prise de parole en public ou des formations à l’éloquence incitent à réduire leur usage. Ce qui change avec TikTok, c’est la viralité du phénomène et la dimension participative qu’il revêt : les internautes se prennent au jeu, se chronomètrent, se corrigent mutuellement et partagent leurs progrès.

La liste des expressions pointées du doigt ne se limite pas à « en fait », « du coup » et « genre ». On y trouve aussi « enfin », « quoi », « tu vois », « euh », « ben », « en quelque sorte », ou encore « en mode ». Chacune est souvent associée à une situation ou à une tranche d’âge particulière, mais toutes sont critiquées pour leur caractère jugé répétitif ou peu informatif.

Entre jeu et norme sociale

Pour les linguistes, ces « mots remplisseurs » remplissent en réalité des fonctions importantes dans l’oral : ils permettent de maintenir le flux de la parole, de signaler une hésitation, de chercher ses mots ou d’établir une connivence avec l’auditeur. Les bannir complètement pourrait donc nuire à la fluidité naturelle de l’échange.

Néanmoins, la tendance TikTok, en attirant l’attention sur ces petits mots, a le mérite de faire réfléchir à la manière dont on s’exprime, sans pour autant imposer une norme rigide. Chacun est libre d’y participer ou non, ce qui en fait avant tout un jeu linguistique collectif.